Top des villages d’encens au Vietnam à découvrir
Résumé du contenu
L’encens fait partie du quotidien vietnamien. On le trouve sur les autels familiaux, dans les pagodes, devant les petites boutiques, sur les tombes ancestrales, et plus largement partout où l’on souhaite honorer les esprits ou marquer un moment important. Sa fabrication est restée artisanale dans plusieurs villages du pays, où des familles entières se transmettent les gestes depuis des générations. Trois villages d’encens en particulier méritent qu’on s’y arrête: Quang Phu Cau près de Hanoï, Thuy Xuan à côté de Huê, et Phia Thap dans les montagnes de Cao Bang. Chez Horizon Vietnam Travel, nous accompagnons régulièrement des voyageurs francophones dans ces villages et chacun offre une expérience différente, à la fois visuelle, sensorielle et culturelle.
L’encens dans la vie quotidienne des Vietnamiens
Au Vietnam, l’encens n’est pas réservé aux pagodes ou aux grandes fêtes. Il fait partie du quotidien. Chaque matin et chaque soir, dans des millions de foyers, on allume un ou plusieurs bâtons sur l’autel familial (ban tho to tien), placé dans l’endroit le plus élevé et le plus respecté de la maison. La fumée qui s’élève est perçue comme un lien direct avec les ancêtres : une façon de les inviter à veiller sur la famille, de les associer aux repas, de leur demander conseil ou protection. Le nombre de bâtons allumés n’est jamais laissé au hasard. On brûle toujours un nombre impair (1, 3, 5, 7 ou 9 bâtons), car les chiffres impairs symbolisent l’énergie yang dans la cosmologie vietnamienne. Trois bâtons est le choix le plus courant pour l’usage quotidien. L’encens s’accompagne généralement de fruits frais, de fleurs, d’eau pure et parfois de nourriture disposés sur l’autel.

Au-delà du rituel quotidien, certaines dates concentrent une demande encore plus forte. Les jours de mung mot (premier jour du mois lunaire) et de ram (quinzième jour, pleine lune), les familles renouvellent leurs offrandes et allument l’encens avec plus de soin. Les anniversaires de décès (ngay gio) rassemblent la famille élargie autour de l’autel. Et pendant le Tet, le Nouvel An lunaire, la consommation d’encens atteint son pic annuel : on en brûle à la maison, à la pagode, sur les tombes des ancêtres et dans les temples. C’est cette demande constante, amplifiée par les fêtes, qui fait vivre les villages d’encens artisanaux à travers tout le pays. Pour mieux comprendre ces traditions, consultez notre article sur le Culte des ancêtres: Une tradition immortelle du Vietnam.
Quand visiter les villages d’encens au Vietnam?
La fabrication d’encens au Vietnam suit un rythme saisonnier lié à la vie spirituelle du pays. Chaque village travaille toute l’année, mais l’activité connaît un pic marqué à l’approche du Tet, le Nouvel An lunaire, qui tombe généralement entre mi-janvier et mi-février. C’est la période de l’année où la demande en encens est la plus forte : les familles vietnamiennes renouvellent leurs provisions pour les autels domestiques, les pagodes passent de grosses commandes, et les marchés de Tet se remplissent de bâtons colorés. Dans les villages, la production commence à s’accélérer dès le mois de novembre et atteint son maximum en décembre-janvier. À Quang Phu Cau comme à Thuy Xuan, les cours débordent alors de bâtons en cours de séchage et l’activité tourne du matin au soir.

Au Vietnam, les villages d’encens offrent un spectacle visuel unique, entre artisanat traditionnel et explosion de couleurs
Pour les voyageurs, les semaines entre mi-décembre et fin janvier offrent le spectacle le plus impressionnant. Les villages sont en pleine effervescence, les couleurs sont partout, et l’on peut voir chaque étape de la fabrication en temps réel. C’est aussi la période la plus prisée des photographes.
Le reste de l’année, la saison sèche (octobre à avril) reste le meilleur moment pour visiter. Le temps dégagé permet aux artisans de sécher les bâtons en plein air, ce qui donne les tableaux visuels les plus colorés. À Thuy Xuan (Hue), la production est assez régulière toute l’année grâce à la demande locale et au passage constant de voyageurs. À Phia Thap (Cao Bang) et Yen Cat (Thanh Hoa), l’activité suit davantage le calendrier des fêtes et s’intensifie surtout en fin d’année. Pendant la saison des pluies (mai à septembre), la fabrication continue mais les séchages se font sous les auvents ou à l’intérieur des maisons. Le spectacle visuel dans les cours est moins frappant, mais la visite reste intéressante pour observer le travail de préparation (découpe du bambou, mélange de la poudre, teinture) dans un cadre plus intime et moins fréquenté.
Top des villages d’encens à visiter au Vietnam
Village d’encens de Quang Phu Cau (Hanoï)
Si vous avez déjà vu ces photos saisissantes de bâtons d’encens disposés en éventail, formant des cercles parfaitement géométriques aux couleurs vives – rouge, rose, jaune, violet, il y a de fortes chances qu’elles aient été prises à Quang Phu Cau. Ce village du district d’Ung Hoa, à environ 40 km au sud de Hanoï, est devenu en quelques années l’un des sites les plus photographiés du nord du Vietnam. Et pour cause: ce que l’on y voit ne ressemble à rien d’autre.

La production d’encens à Quang Phu Cau remonte à plus d’un siècle. Plusieurs hameaux composent la commune, et chacun s’est spécialisé dans une étape de la fabrication. Les familles découpent et trempent les bâtons de bambou dans des bains de teinture, les laissent sécher au soleil dans les cours et le long des chemins, puis appliquent la poudre parfumée – un mélange à base de bois aromatiques (santal, agar, cannelle), de résines et de plantes médicinales. Le séchage est l’étape la plus spectaculaire : des milliers de bâtons sont rassemblés en bottes coniques, ouvertes vers le ciel, qui transforment les cours de ferme en véritables tableaux abstraits.

À Quang Phu Cau, les bottes d’encens colorées sont soigneusement disposées pour former des motifs décoratifs spectaculaires, emblématiques du savoir-faire local
La meilleure période pour visiter Quang Phu Cau se situe entre octobre et avril, lorsque le temps sec permet aux familles de sortir leurs bottes de bâtons à l’extérieur. Pendant les semaines qui précèdent le Têt (généralement en janvier-février), l’activité bat son plein et le village offre un spectacle particulièrement intense. Pour les photographes, la lumière du matin entre 9 h et 11 h est idéale: les ombres sont encore douces et les couleurs ressortent dans toute leur saturation.
Le village se visite facilement en demi-journée depuis Hanoï. Il est souvent inclus dans nos circuits qui démarrent depuis la capitale, parfois en combinaison avec d’autres villages d’artisanat des environs. Pour aller plus loin, retrouvez notre sélection des meilleurs villages d’artisanat traditionnel autour de Hanoï.
Village d’encens de Thuy Xuan (Huê)
À une poignée de kilomètres du centre de Huê, sur la route qui mène au tombeau de Tu Duc, le village de Thuy Xuan fabrique de l’encens depuis l’époque impériale, il fournissait autrefois la cour royale en bâtons parfumés pour les cérémonies du palais. La tradition s’y est maintenue, et aujourd’hui les ateliers s’alignent le long de la rue principale, accueillant les visiteurs avec une mise en scène simple mais redoutablement efficace.

Ce qui frappe à Thuy Xuân, ce sont les éventails de bâtons d’encens ouverts en demi-cercle devant chaque maison. Roses, oranges, bleus, verts, jaunes, chaque couleur est obtenue à partir de pigments naturels appliqués sur la base de bambou avant l’enroulement de la pâte parfumée. Les artisanes (la plupart sont des femmes) s’installent au milieu de ces éventails et travaillent à la main, enroulant chaque bâton avec une rapidité impressionnante. Une ouvrière expérimentée peut produire plusieurs milliers de bâtons par jour.

La fabrication mêle bambou local, poudre de bois de cannelle, résine d’agar et plantes aromatiques venues des montagnes voisines. Chaque atelier garde sa propre recette, transmise au sein de la famille. Les visiteurs sont accueillis avec simplicité : on peut observer le travail, poser des questions, essayer soi-même d’enrouler un bâton – exercice plus difficile qu’il n’y paraît et acheter des bâtons d’encens à emporter, présentés dans de jolis emballages.
Le village d’encens de Thuy Xuan se combine naturellement avec la visite des tombeaux des empereurs Nguyen (Tu Duc, Khai Dinh, Minh Mang), tous situés dans le même secteur. C’est l’une des étapes que les voyageurs francophones apprécient particulièrement à Huê, à la fois pour la beauté visuelle et pour l’occasion d’échanger avec les artisans.
>> Partez à la découverte des villages d’encens du Vietnam et laissez-vous surprendre par la beauté d’un savoir-faire transmis de génération en génération.
Village d’encens de Phia Thap (Cao Bang)

Vue d’ensemble du village de Phia Thap, célèbre pour sa fabrication artisanale d’encens dans la province de Cao Bang
À l’opposé du tourisme photogénique de Thuy Xuan et Quang Phu Cau, le village de Phia Thap offre une expérience d’une tout autre nature. Niché dans la commune de Quốc Dân, district de Quảng Hòa, à environ 50 km de la ville de Cao Bang, ce hameau d’une cinquantaine de foyers est habité par les Nùng An – la même ethnie qui fabrique le papier ban à Dia Tren et qui forge les couteaux à Phúc Sen, deux autres villages voisins.
Ici, la fabrication d’encens est restée entièrement traditionnelle. Pas de pigments artificiels, pas de mise en scène pour les visiteurs: tout est fait à la main, à partir de matériaux locaux récoltés dans la forêt. La poudre d’encens est obtenue en mélangeant l’écorce d’un arbre appelé cây mai, de la sciure de bois aromatique et une résine végétale qui sert de liant. Les bâtons de bambou sont coupés à la machette, séchés, puis trempés dans la pâte parfumée que les artisans roulent à la main, geste après geste. Le séchage se fait au soleil, sur des claies en bambou disposées devant les maisons en torchis.

Ce qui rend Phia Thap particulièrement intéressant, c’est son caractère authentique. Le village ne vit pas du tourisme : il fournit principalement les marchés locaux et les pagodes de la région. Les voyageurs qui s’y arrêtent – en chemin entre la ville de Cao Bang et la cascade de Ban Gioc – y trouvent une scène quotidienne, sans artifice, où les femmes Nùng An travaillent en costume traditionnel et où les enfants jouent entre les bâtons qui sèchent. La meilleure période pour visiter coïncide avec celle de Dìa Trên : entre septembre et mai, lorsque le temps sec facilite le séchage.
Village d’encens de Cao Thon (Hung Yen)

Moins connu que Quang Phu Cau ou Thuy Xuan, le village de Cao Thon dans la province de Hung Yen est pourtant considéré comme l’un des plus anciens villages d’encens du Vietnam. La fabrication y remonte à plusieurs siècles et s’est transmise sans interruption, de père en fils.

Cao Thon se distingue par la qualité de ses matières premières. Les artisans utilisent exclusivement des ingrédients naturels : poudre de bois d’agar (tram huong), cannelle, clou de girofle, anis étoilé et diverses plantes médicinales séchées et broyées. Aucun parfum chimique, aucun colorant artificiel. Le résultat est un encens au parfum doux et profond, reconnaissable entre tous, qui brûle longtemps et régulièrement.

Au village d’encens de Cao Thon, on fabrique aussi des spirales d’encens, largement utilisées dans les rites traditionnels
Hung Yen se trouve à environ 60 km au sud-est de Hanoi, soit un peu plus d’une heure de route. Le village de Cao Thon est moins touristique que ses voisins de la capitale, ce qui lui confère un caractère plus intime. Les artisans prennent le temps de montrer leur travail et d’expliquer les différences entre les variétés d’encens. Pour les voyageurs qui cherchent l’authenticité plutôt que la photo, c’est une escale à retenir.
Comment se fabrique un bâton d’encens artisanal?
D’un village à l’autre, les recettes et les proportions varient. Chaque famille garde son propre dosage. Mais le processus de base reste le même dans tous les villages d’encens du Vietnam. Voici les cinq étapes principales, telles qu’on les observe à Quang Phu Cau et dans la plupart des villages traditionnels.
La préparation des tiges (tam huong)

Le bâton d’encens repose sur une tige en bambou ou en nua (une variété de bambou plus fine). Les artisans fendent les cannes en lamelles, les vôtent à la main pour obtenir des tiges droites et régulières, puis les font sécher au soleil.

Les pieds des tiges, c’est-à-dire la partie basse que l’on tient en main et qui ne brûle pas, sont ensuite trempés dans un bain de teinture rouge ou rose.

C’est cette teinture qui crée les compositions colorées que l’on photographie tant à Quang Phu Cau: les bottes de tiges fraîchement teintes, étalées en éventail pour sécher, forment ces cercles géométriques rouges et jaunes qui ont fait la renommée du village.
La préparation de la poudre aromatique (bot huong)

C’est le cœur du savoir-faire, et la partie la plus secrète. La poudre parfumée qui recouvre le bâton est un mélange de plusieurs ingrédients naturels. La base comprend généralement de la sciure de bois fine et de la poudre de bois aromatique (tram huong, bois d’agar). S’y ajoutent des épices séchées et broyées : cannelle (que), anis étoilé (hoi), clou de girofle, et parfois d’autres plantes médicinales ou herbes des montagnes selon la recette de chaque famille. Pour lier le tout, les artisans utilisent de la poudre d’écorce de boi loi (Litsea glutinosa), un arbre dont l’écorce produit un mucilage naturel très collant. Cette colle végétale permet à la poudre d’adhérer au bâton de bambou et de brûler lentement et régulièrement.

Les proportions exactes déterminent le parfum final, la durée de combustion et la quantité de fumée. Chaque village, parfois chaque famille, ajuste son propre dosage. À Cao Thon (Hung Yen), par exemple, les artisans sont réputés pour n’utiliser aucun parfum de synthèse ni colorant artificiel, ce qui donne un encens au parfum plus doux et plus profond.
L’enroulement ou le trempage (se huong)
Une fois la poudre prête, il faut la fixer sur la tige. Deux techniques coexistent dans les villages.
La méthode la plus traditionnelle est le roulage à la main (se thu cong). L’artisan humidifie légèrement la tige de bambou, puis la roule dans la poudre aromatique en la faisant tourner entre ses paumes. L’opération est répétée plusieurs fois pour que la couche de poudre s’épaississe et adhère uniformément sur toute la longueur du bâton. Le geste paraît simple, mais demande un coup de main précis pour éviter les irrégularités.

L’autre méthode est le trempage (nhung). La tige est d’abord enduite de colle naturelle (à base de boi loi), puis roulée ou plongée dans la poudre aromatique. Cette technique est un peu plus rapide et donne une couche plus régulière.
Dans les villages les plus actifs comme Quang Phu Cau, certaines familles utilisent aujourd’hui de petites machines pour accélérer le roulage. Mais dans les villages artisanaux comme Phia Thap (Cao Bang) ou Yen Cat (Thanh Hoa), tout se fait encore entièrement à la main.
Le séchage (phoi huong)
Après l’enroulement, les bâtons sont disposés en plein air pour sécher. Les artisans les rassemblent en bottes rondes, étalées en éventail dans les cours des maisons, sur les toits ou le long des chemins. Ce séchage au soleil dure un à deux jours selon la météo et l’épaisseur de la couche de poudre. Un bâton bien sec sera rigide, parfumé et brûlera de manière stable, sans s’éteindre ni se consumer trop vite.

C’est cette étape de séchage qui transforme les villages en véritables tableaux vivants. À Quang Phu Cau, quand le soleil est de la partie, les cours et les ruelles se remplissent de milliers de bâtons colorés qui forment des compositions saisissantes.
Le tri et le conditionnement

Une fois secs, les bâtons sont vérifiés un par un: on contrôle la droiture de la tige, l’adhérence de la poudre et la régularité de la couche. Les pièces défectueuses sont écartées. Les bâtons conformes sont regroupés en bottes de taille égale, ficelés et emballés pour être vendus sur les marchés locaux, dans les pagodes ou directement aux visiteurs de passage.
FAQ – Les villages d’encens du Vietnam
Quel est le village d’encens le plus connu du Vietnam ?
Quang Phu Cau, à 40 km de Hanoï, est aujourd’hui le village d’encens le plus photographié et le plus visité du Vietnam, notamment pour ses bottes de bâtons disposées en éventail dans les cours. Thuy Xuan, près de Hué, est tout aussi célèbre auprès des voyageurs grâce à sa proximité avec les tombeaux impériaux et à l’élégance de ses éventails colorés.
Quelle est la meilleure période pour visiter un village d’encens ?
La saison sèche, entre octobre et avril, est idéale pour visiter Quang Phu Cau et Thuy Xuan : les artisans peuvent sortir leurs bâtons à sécher en plein air et le spectacle visuel est à son maximum. Pour Phia Thap à Cao Bang, la meilleure période s’étend de septembre à mai. Les semaines précédant le Têt (janvier-février) offrent l’activité la plus intense partout, car la demande explose pour les fêtes du Nouvel An lunaire.
Peut-on participer à la fabrication des bâtons d’encens ?
Oui, dans la plupart des villages. À Thuy Xuân et Quang Phu Cau, les artisans accueillent volontiers les visiteurs et leur permettent d’essayer d’enrouler un bâton un geste qui paraît simple mais qui demande du doigté. À Phia Thap, l’expérience est plus immersive, car les familles Nung An accueillent souvent les voyageurs comme des invités plutôt que comme des touristes.
Quels sont les ingrédients d’un bâton d’encens vietnamien ?
Un bâton d’encens artisanal vietnamien se compose d’une fine tige de bambou sur laquelle est enroulée une pâte parfumée. Cette pâte mélange des bois aromatiques (santal, agar, cannelle), des écorces, des plantes médicinales et une résine végétale qui sert de liant. Chaque village a sa propre recette, transmise de génération en génération. Les versions traditionnelles, comme celles de Phia Thap, n’utilisent aucun pigment ou parfum chimique.
Peut-on rapporter de l’encens vietnamien comme souvenir ?
Oui, sans difficulté. Les bâtons d’encens sont légers, peu encombrants et très abordables – quelques dizaines de milliers de dongs pour un beau lot. Ils se conservent longtemps dans un endroit sec et constituent un souvenir parfumé, durable et culturellement significatif. Acheter directement auprès des artisans est aussi une manière concrète de soutenir ces savoir-faire menacés par la production industrielle.
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