Route de Céramique: La fresque monumentale de Hanoï
Résumé du contenu
Souvent qualifiée de plus longue fresque en céramique du monde, la Route de Céramique de Hanoi (Con Duong Gom Su) est l’une des œuvres d’art urbaines les plus singulières du Vietnam. Inaugurée en octobre 2010 pour le millénaire de la capitale, elle s’étire sur près de 3,85 kilomètres le long de la digue du fleuve Rouge, traversant quatre arrondissements du centre de Hanoi. Inscrite au Livre Guinness des records dès son achèvement, cette fresque retrace 4 000 ans d’histoire vietnamienne à travers plus de 21 sections thématiques.
Pour le voyageur francophone qui découvre Hanoi, la Route de Céramique offre une lecture visuelle complète de la culture du pays : motifs Dong Son de l’âge du bronze, costumes des 54 ethnies, dynasties impériales, calligraphies anciennes, dessins d’enfants pour la paix et œuvres d’artistes contemporains venus de dix pays. Ce guide rassemble tout ce qu’il faut savoir avant la visite : son histoire, ce qu’il faut absolument voir, comment s’y rendre depuis le centre-ville et nos conseils pour ne rien manquer.

La Route de Céramique célèbre le millénaire de Thang Long – Hanoi (1010–2010), inscrite au Livre Guinness dès son inauguration en octobre 2010
Qu’est-ce que la Route de Céramique de Hanoi ?
La Route de Céramique de Hanoi, ou Con Duong Gom Su en vietnamien, est une fresque en mosaïque de céramique réalisée à même la digue de protection du fleuve Rouge. Elle court sur la totalité du tracé de la digue dans le centre-ville, traversant les arrondissements de Tay Ho, Ba Dinh, Hoan Kiem et Hai Ba Trung.
Une fresque de 3,85 kilomètres le long du fleuve Rouge
À son achèvement en 2010, l’œuvre mesurait précisément 3 850 mètres linéaires, pour une surface totale de 6 950 m². La hauteur moyenne de la fresque varie entre 0,95 et 1,7 mètre, selon les sections. Suite à l’élargissement de plusieurs voies depuis 2017, environ 3 300 mètres restent visibles aujourd’hui. L’œuvre demeure néanmoins et de loin la plus longue fresque en céramique au monde.

La fresque s’étire sur près de 3,85 km le long de la digue du fleuve Rouge
Un record du monde Guinness depuis 2010
Le 5 octobre 2010, à la veille du millénaire de Hanoi (anniversaire des 1 000 ans de Thang Long-Hanoi), la Route de Céramique a été officiellement inscrite au Livre Guinness des records comme « la plus longue fresque en mosaïque céramique du monde ». Le certificat reste affiché à l’entrée de la fresque, près de la place Long Bien et constitue l’un des records vietnamiens les plus connus internationalement.
La vision de Nguyen Thu Thuy
Le projet est né de la vision d’une femme : Nguyen Thu Thuy, journaliste et plasticienne, qui a remporté en 2007 le concours d’architecture organisé par la mairie de Hanoi pour célébrer le millénaire. Son idée : transformer la digue grise et impersonnelle du fleuve Rouge en un manifeste artistique racontant l’histoire du Vietnam. Trois ans de travail, 35 artistes professionnels, 100 artisans céramistes, 500 enfants et l’appui de 50 étudiants des Beaux-Arts ont été nécessaires pour concrétiser ce rêve.

L’une des sections contemporaines de la fresque, réalisée par des artistes venus de dix pays, illustre la diversité culturelle du projet
Histoire et création de l’œuvre
La Route de Céramique est née d’une triple ambition : célébrer le millénaire de la capitale, embellir un espace public dégradé et créer une œuvre collective rassemblant artistes vietnamiens et internationaux. Sa réalisation a mobilisé une communauté inhabituelle pour un projet d’art public.
Un projet pour le millénaire de Hanoi (Thang Long 1010-2010)
L’année 2010 marquait les 1 000 ans du transfert de la capitale du Vietnam de Hoa Lu (Ninh Binh) à Thang Long (Hanoi) par l’empereur Ly Thai To en 1010. À cette occasion, plusieurs grands chantiers ont été lancés à Hanoi : restauration de la Citadelle impériale (inscrite au patrimoine UNESCO la même année), aménagement du lac de l’Ouest et lancement de la Route de Céramique. Les travaux ont démarré en 2007 et se sont achevés trois ans plus tard.
35 artistes professionnels de 10 pays
L’œuvre est résolument internationale. 20 artistes vietnamiens et 15 artistes étrangers venus de dix pays ont contribué aux différentes sections : Danemark, France, Pays-Bas, Espagne, Italie, Royaume-Uni, États-Unis, Argentine, Nouvelle-Zélande et Australie. Chacun a apporté son style propre, créant une fresque où coexistent figuration classique vietnamienne, abstraction occidentale, motifs ethniques et art contemporain.
Le rôle des céramistes de Bat Trang et Bau Truc
La fabrication des tesselles a mobilisé plus de 100 artisans issus des deux grands villages céramistes du Vietnam : Bat Trang (à 13 km de Hanoi, célèbre depuis le XIVᵉ siècle pour sa porcelaine bleue et blanche) et Bau Truc (province de Ninh Thuan, l’un des plus anciens villages cham, fondé il y a plus de 800 ans). On estime à environ 1 000 pièces de céramique par mètre carré la densité de l’ouvrage final, soit près de 7 millions de tesselles au total.

Une section de la fresque illustre les costumes et modes de vie des différentes communautés du Vietnam, véritable carte ethnographique en céramique
L’apport des 500 enfants vietnamiens et étrangers
L’une des sections les plus emblématiques, intitulée « Hanoi, Ville pour la paix », a été réalisée par 500 enfants vietnamiens et étrangers, accompagnés par les étudiants des Beaux-Arts. Cette participation enfantine donne à la fresque une dimension éducative et intergénérationnelle rare dans un projet d’art public.
Que voir le long de la Route de Céramique ?
La fresque se découpe en 21 sections thématiques qui se succèdent comme les chapitres d’un livre. Voici les plus marquantes à ne pas manquer.
Les motifs Dong Son, patrimoine de l’âge du bronze
La première grande section reproduit les motifs gravés sur les célèbres tambours de bronze Dong Son, datant de 600 av. J.-C. à 200 ap. J.-C. Soleils stylisés, oiseaux Lac, scènes de pirogues, motifs géométriques : c’est l’iconographie la plus ancienne de la civilisation vietnamienne, redécouverte au début du XXᵉ siècle dans la province de Thanh Hoa.

La pirogue-dragon en céramique s’inspire des tambours de bronze Dong Son, symbole de la civilisation vietnamienne ancienne
Les 54 ethnies du Vietnam en mosaïque
Une section entière met en scène les motifs textiles et architecturaux des 54 ethnies du Vietnam : broderies hmong, tissages tay, costumes des Dao Rouges, motifs cham, kalaga des minorités du delta du Mékong. C’est une véritable carte ethnographique en céramique, particulièrement précieuse pour les voyageurs qui prévoient un circuit dans le Nord-Ouest ou le delta.
« Hanoi, Ville pour la paix »
Cette section, créée par 500 enfants, célèbre le titre de « Ville pour la paix » décerné à Hanoi par l’UNESCO en 1999, la capitale étant alors la seule ville d’Asie-Pacifique à recevoir cette distinction. Les compositions colorées, naïves et joyeuses, contrastent volontairement avec les sections plus historiques de la fresque.
Les dynasties impériales : Ly, Tran, Le, Nguyen
Une longue section retrace l’histoire des grandes dynasties qui ont régné sur le Vietnam pendant près d’un millénaire : Ly (1009-1225), Tran (1225-1400), Le (1428-1789) et Nguyen (1802-1945). Bas-reliefs de pagodes, calligraphies impériales, motifs des palais de Hué et de Thang Long s’enchaînent dans un récit visuel qui constitue une introduction parfaite à l’histoire vietnamienne.

La section des dynasties impériales retrace 1 000 ans d’histoire à travers les palais et motifs des dynasties Lý, Trần, Lê et Nguyễn en céramique
Les œuvres contemporaines internationales
Les sections les plus colorées et abstraites ont été conçues par les artistes étrangers. On reconnaît notamment :
- Une mosaïque inspirée de l’impressionnisme par l’artiste française Dominique de Miscault, citoyenne d’honneur de Hanoi.
- Une œuvre figurative italienne célébrant l’amitié entre Hanoi et l’Italie, avec des références à Pise et à Venise.
- Une section néerlandaise jouant avec les motifs de Delft, hommage à la tradition céramique des Pays-Bas.
- Plusieurs panneaux australiens et néo-zélandais aux motifs aborigènes et maoris.
Comment visiter la Route de Céramique de Hanoi ?
La fresque se découvre exclusivement à pied ou à vélo : aucune voiture ne peut s’arrêter le long de la digue, qui longe une artère très fréquentée.

La fresque longe la digue du fleuve Rouge au cœur de Hanoï, accessible à pied ou à vélo depuis le vieux quartier en quelques minutes
Itinéraire conseillé
L’itinéraire complet de la fresque suit les rues suivantes, dans l’ordre nord-sud : An Duong Vuong → Yen Phu → Tran Quang Khai → Tran Nhat Duat → Tran Khanh Du, avec un point final près de la porte Van Kiep et du pont Long Bien. La marche complète prend environ 1h30 à 2h sans s’arrêter, ou 3 à 4h si l’on prend le temps de photographier chaque section.
Pour une découverte plus rapide, le tronçon le plus impressionnant et accessible se situe entre le pont Long Bien et la rue Tran Quang Khai, soit environ 1,5 km. Comptez alors 1h de balade en photographiant tranquillement.
Comment s’y rendre depuis le centre-ville?
La Route de Céramique se trouve à seulement 1 kilomètre du lac Hoan Kiem, soit 12 minutes à pied depuis le vieux quartier. Plusieurs options pour s’y rendre :
- À pied : depuis le lac Hoan Kiem, traverser les rues Hang Dau et Hang Tre pour rejoindre la digue à hauteur de la rue Tran Quang Khai.
- À vélo : option la plus pratique pour parcourir toute la fresque. Plusieurs hôtels du vieux quartier proposent la location à partir de 80 000 VND la journée.
- En taxi (Grab/Be/XanhSM) : 50 000 à 80 000 VND depuis le vieux quartier. Demandez à être déposé près du monument du roi Ly Thai To ou du pont Long Bien.
- En bus : les lignes 03, 11, 14, 22 et 36 desservent la zone.
Meilleur moment pour la visite
Pour profiter pleinement de la fresque sans souffrir de la chaleur ou de la circulation, mieux vaut éviter les heures de pointe (8h-9h et 17h-19h). Les meilleurs créneaux :
- Tôt le matin (6h30-8h) : lumière dorée, peu de circulation, atmosphère paisible.
- Fin d’après-midi (16h-18h) : lumière chaude qui met en valeur les céramiques colorées, animation des promeneurs locaux.
La fresque se visite toute l’année, mais la période octobre-mars reste la plus agréable (temps sec, températures clémentes). Évitez juin-août et la mousson qui peut rendre la digue inconfortable.
Combien de temps prévoir ?
Comptez 1 heure pour une visite rapide du tronçon central, 2 à 3 heures pour la fresque complète. Si vous combinez avec la visite du pont Long Bien et du marché Dong Xuan, prévoyez une demi-journée.
Que voir autour de la Route de Céramique ?
La fresque se prête particulièrement bien à une demi-journée combinée avec d’autres sites emblématiques de Hanoi situés à proximité immédiate.

- Le pont Long Bien (à l’extrémité sud de la fresque) : ouvrage construit entre 1899 et 1902 par les ingénieurs français Daydé & Pillé, témoin de l’époque coloniale et de la guerre du Vietnam.
- Le marché Dong Xuan (à 5 minutes à pied) : le plus grand marché couvert de Hanoi, idéal pour ramener des produits artisanaux et goûter à la cuisine de rue.
- Le vieux quartier des 36 corporations (à 10 minutes) : labyrinthe de rues marchandes, cœur historique et commerçant de la capitale.
- Le lac Hoan Kiem et le temple Ngoc Son (à 15 minutes à pied) : le centre névralgique de Hanoi avec sa tortue légendaire.
- La Citadelle impériale de Thang Long (à 2 km) : site UNESCO depuis 2010, à combiner pour comprendre l’héritage millénaire de la ville.
Conseils pratiques pour photographier et apprécier la fresque
📍 Accès : libre, gratuit, ouvert 24h/24 (la fresque est en plein air).
⏰ Durée idéale : 1h pour le tronçon central, 2-3h pour l’intégralité.
💰 Coût : aucun (œuvre publique).
Quelques recommandations issues de notre expérience :
- Sécurité routière : la fresque longe une artère très fréquentée. Restez sur le trottoir, ne photographiez pas en plein milieu de la chaussée.
- Photographie : la lumière du matin (vers 7h30) ou de fin d’après-midi (16h30-17h30) sublime les céramiques. Les couleurs ressortent particulièrement bien sur fond de ciel bleu.
- Avec un guide : pour comprendre l’histoire et le symbolisme des 21 sections, un guide francophone change radicalement l’expérience. Sans contexte, la fresque ressemble à un beau tableau ; avec contexte, c’est une véritable lecture historique du Vietnam.
- Vélo plutôt que marche : pour parcourir l’ensemble sans fatigue, le vélo reste la meilleure option (location facile au vieux quartier).
- Hydratation : peu de stands sur la digue, prévoyez de l’eau, surtout en été.
Pour intégrer la Route de Céramique dans un programme culturel complet de Hanoi (vieux quartier, Citadelle impériale, musées des Beaux-Arts et d’Ethnographie, temple de la Littérature), parlez-nous de votre projet et nous construirons un itinéraire sur mesure adapté à votre rythme et à vos centres d’intérêt.
FAQ sur la Route de Céramique de Hanoi
La Route de Céramique est-elle vraiment la plus longue fresque en céramique du monde ?
Oui, depuis le 5 octobre 2010, elle figure officiellement au Livre Guinness des records comme « la plus longue fresque en mosaïque céramique du monde ». Aucune autre œuvre n’a depuis dépassé ses 3 850 mètres linéaires originaux, ni ses 6 950 m² de surface décorée.
La fresque est-elle gratuite et ouverte tout le temps ?
Oui, c’est une œuvre publique en plein air, gratuite, accessible 24h/24. Elle se découvre librement à pied ou à vélo, sans billet ni horaires d’ouverture.
Combien de temps faut-il pour voir l’œuvre complète ?
Comptez 1h pour le tronçon central (entre Tran Quang Khai et le pont Long Bien), 2 à 3h pour parcourir l’ensemble de la fresque dans toute sa longueur, idéalement à vélo.
Peut-on combiner cette visite avec d’autres sites de Hanoi ?
Oui, c’est même l’idéal. La fresque se trouve à 1 km du lac Hoan Kiem et à 5 minutes à pied du marché Dong Xuan et du vieux quartier. Une demi-journée suffit pour combiner Route de Céramique + pont Long Bien + vieux quartier + marché Dong Xuan.
Faut-il un guide pour comprendre la fresque ?
Pas obligatoire, mais fortement recommandé. La fresque comporte 21 sections thématiques aux références historiques, ethniques et artistiques très denses. Un guide francophone permet de saisir les symboles, les techniques utilisées et le contexte de création de chaque panneau.
L’œuvre a-t-elle été dégradée par l’usure ou la pollution ?
Plusieurs sections ont effectivement souffert des intempéries, de la pollution urbaine et des travaux d’élargissement de la digue. Une campagne de restauration a été lancée par la municipalité de Hanoi en 2020 et les sections les plus abîmées ont été progressivement reprises par des artisans de Bat Trang.
Y a-t-il d’autres œuvres d’art urbaines à voir à Hanoi ?
Oui, depuis quelques années Hanoi développe activement son street art. À voir notamment : la rue Phung Hung et son tunnel décoré (« Hanoi du XXᵉ siècle »), les fresques contemporaines du quartier de Long Bien et les nouveaux projets autour du lac de l’Ouest. La Route de Céramique reste cependant l’œuvre majeure et la plus emblématique.
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