Palais Hoang A Tuong : le « palais du roi des H’Mong » de Bac Ha
Résumé du contenu
Au centre du bourg de Bac Ha, sur le « plateau blanc » de Lao Cai, se dresse une demeure qui ne ressemble à aucune autre. Mi-villa coloniale, mi-forteresse, le palais Hoang A Tuong mêle l’élégance des architectes français à la rigueur des maîtres d’œuvre chinois, le tout posé au milieu des montagnes. On l’appelle aussi le « palais du roi des H’Mong » (Dinh thu Vua Meo), du surnom donné à son bâtisseur. Plus d’un siècle après sa construction, et au sortir d’une grande restauration, il s’offre aux visiteurs avec un éclat retrouvé. Voici notre guide pour le découvrir.
En bref : le palais Hoang A Tuong se situe au 257 rue Ngoc Uyen, en plein centre de Bac Ha (province de Lao Cai), à environ 300 km de Hanoi, 70 km de la ville de Lao Cai et 90 km de Sapa. Il est ouvert tous les jours de 8h à 17h. L’entrée coûte 20 000 VND pour les adultes et 10 000 VND pour les enfants de 6 à 16 ans ; elle est gratuite pour les moins de 6 ans et les personnes en situation de handicap. Prévoyez des vêtements chauds, car le climat de Bac Ha est souvent frais.

La façade du palais Hoang A Tuong après restauration
Hoang A Tuong, le « palais du roi des H’Mong »
Au début du XXe siècle, un homme régnait sur Bac Ha : Hoang Yen Chao, un notable d’origine tay qui contrôlait toute la région. Comme la population y était composée à près de 70 % de H’Mong (autrefois appelés « Meo »), on le surnomma le « roi des Meo », c’est-à-dire le roi des H’Mong. Le palais porte aujourd’hui le nom de son fils, Hoang A Tuong, mais on le connaît aussi sous les noms de palais du Vua Meo ou demeure des Hoang Yen Chao.

Les arcades, signature du style euro-asiatique
Pour asseoir son pouvoir et sa fortune, Hoang Yen Chao fit venir un géomancien et des architectes de France et de Chine afin de concevoir une résidence à la hauteur de son rang. Le chantier dura environ sept ans, de 1914 à 1921. La bâtisse fut édifiée sur une colline dominant Bac Ha, selon le principe oriental du « dos à la montagne, face à l’eau » : des reliefs montagneux la protègent à l’arrière et sur les côtés, tandis qu’une rivière coule à ses pieds.
Une architecture entre Orient et Occident
Parce qu’elle est née de la rencontre de deux cultures, la demeure affiche un style euro-asiatique unique. De l’Occident, elle tient ses arcades symétriques, son escalier en colimaçon, ses longs couloirs carrelés, ses colonnes fines et élancées, et ses reliefs de feuilles de laurier sculptés au-dessus des portes, symboles de bonheur et de prospérité. De l’Orient, elle conserve sa philosophie d’implantation, ses cours intérieures et ses sentences parallèles ornant les arches. L’ensemble, peint en blanc, paraît aéré et raffiné, tandis que les hautes portes en plein cintre, disposées de façon asymétrique mais harmonieuse, laissent entrer une lumière généreuse.

La cour centrale, cœur du palais
Le palais n’était pas qu’une résidence : c’était aussi une véritable forteresse. Son plan rectangulaire fermé réunit 36 pièces autour d’une cour centrale, sur près de 4 000 m². Des murs d’enceinte percés de meurtrières l’entouraient, comme une citadelle. On y pénètre par un mur-écran (binh phong) avant de découvrir le bâtiment principal au fond, et les ailes latérales à droite et à gauche, réservées aux épouses et aux conseillers. La demeure abritait aussi des entrepôts, une salle de jugement et des cellules : tous les litiges de la région se réglaient ici.
Les matériaux racontent la même démesure. La toiture est couverte de tuiles de céramique cuites à partir d’argile extraite de la montagne, sous la supervision des architectes étrangers. Les planchers sont en bois précieux de la chaîne du Hoang Lien Son, et la grande porte est taillée dans le lim, un bois de fer. La chaux, le ciment et la pierre, choisis parmi les plus coûteux, furent en partie acheminés par avion français.

Des éléments d’origine préservés lors de la restauration
Après la rénovation : un palais qui retrouve son éclat
Au fil de plus d’un siècle d’intempéries, la demeure s’était dégradée. Fin 2023, la province de Lao Cai a lancé un vaste chantier de restauration, pour un budget de près de 12 milliards de VND, avec une consigne claire : préserver au maximum les éléments d’origine.

Après la rénovation, le palais a retrouvé son blanc laiteux
Le changement le plus visible, c’est la couleur. Le jaune sombre et moussu des dernières décennies, hérité d’une restauration de 2007, a laissé place à un blanc laiteux, celui de la chaux traditionnelle, rehaussé de détails gris-vert et rouge brique. La toiture en tuiles yin-yang, âme de l’architecture des hauts plateaux, a été démontée, nettoyée et réparée en remplaçant seulement les tuiles abîmées, afin de garder un maximum de tuiles anciennes et leur patine.

Au premier étage, la grande salle accueille désormais une exposition d’objets et de costumes des minorités de Bac Ha. Cette première phase sera suivie d’une seconde, consacrée à l’« âme » du lieu : reconstruction des tours de guet, aménagement de l’arrière et création de produits touristiques, d’un film documentaire et d’ouvrages, pour faire du palais un véritable « musée vivant » de la culture de Bac Ha. Derrière la demeure, deux osmanthes plantés autrefois par Hoang Yen Chao continuent d’embaumer l’air de leur parfum sucré.

Derrière le palais, les osmanthes plantés par Hoang Yen Chao
Ce que l’on découvre à l’intérieur
La visite se savoure lentement. On traverse les arcades et les couloirs blancs, on monte l’escalier en colimaçon, on s’attarde sur les reliefs finement restaurés au-dessus des portes. Depuis les balcons et le premier étage, la vue s’ouvre sur les toits du bourg et les montagnes qui cernent Bac Ha. La cour centrale, où se tenaient autrefois fêtes et danses, reste le cœur battant du lieu, tandis que la salle d’exposition donne un aperçu vivant des costumes et des coutumes des peuples du « plateau blanc ».

La salle d’exposition aménagée dans le palais
Comment s’y rendre
Le palais est facile à trouver, puisqu’il se dresse en plein centre de Bac Ha. Depuis Hanoi, comptez environ 300 km : on rejoint d’abord Lao Cai ou Sapa en bus de nuit, puis Bac Ha, à quelque 70 km de la ville de Lao Cai et 90 km de Sapa. Les voyageurs qui enchaînent avec Ha Giang peuvent aussi venir par la route, en environ 4 heures (près de 150 km). Le mieux est de caler la visite un dimanche, jour du célèbre marché de Bac Ha.
Autour du palais : Bac Ha et le plateau blanc
Le palais s’inscrit dans une région attachante. À ne pas manquer tout près : le marché du dimanche de Bac Ha, l’un des plus colorés du Nord, où se retrouvent les minorités en costume ; les villages et les collines du « plateau blanc », réputé pour ses pruniers en fleurs au printemps ; et, pour qui poursuit vers l’est, la boucle de Ha Giang avec le col de Ma Pi Leng et la rivière Nho Que.

Depuis l’étage, la vue s’ouvre sur Bac Ha et les montagnes
Questions fréquentes sur le palais Hoang A Tuong
Où se trouve le palais Hoang A Tuong ?
Au centre du bourg de Bac Ha, province de Lao Cai, à environ 300 km de Hanoi, 70 km de Lao Cai et 90 km de Sapa.
Pourquoi l’appelle-t-on le palais du « roi des H’Mong » ?
Parce que son bâtisseur, Hoang Yen Chao, gouvernait une région majoritairement H’Mong et fut surnommé le « roi des Meo ». Le palais porte le nom de son fils, Hoang A Tuong.
Quand a-t-il été construit ?
De 1914 à 1921, soit environ sept ans de chantier, par des architectes français et chinois.
Quels sont les horaires et les tarifs ?
Ouvert tous les jours de 8h à 17h. Entrée à 20 000 VND (adulte) et 10 000 VND (enfant de 6 à 16 ans), gratuite pour les plus jeunes et les personnes en situation de handicap.
Que change la rénovation récente ?
Achevée après un chantier de près de 12 milliards de VND lancé fin 2023, elle a notamment redonné au palais son blanc laiteux d’origine, restauré la toiture et installé une exposition sur les cultures de Bac Ha.
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