Pagode de l’Empereur de Jade à Saigon : Histoire, rituels et guide de visite
Résumé du contenu
Nichée dans une petite rue du 1er arrondissement de Ho Chi Minh-Ville, Chua Ngoc Hoang, la Pagode de l’Empereur de Jade, est l’un des lieux de culte les plus atypiques et les plus visites de Saigon. Avec ses murs rouges enfumés par des décennies d’encens, ses centaines de statues taoïstes et bouddhistes et sa reputation de temple où l’on vient prier pour un enfant, un mariage heureux ou une carrière réussie, elle offre une plongée dans les croyances populaires vietnamiennes bien loin des sentiers touristiques classiques. Popularisée à l’international depuis la visite du president américain Barack Obama en 2016, elle reste avant tout un lieu de devotion vivant, fréquenté quotidiennement par les habitants de la ville.

La façade rouge caractéristique de Chua Ngoc Hoang, surmontée de son portail tam quan.
Informations pratiques pour visiter Chua Ngoc Hoang
La pagode se situé au 73 rue Mai Thi Luu, dans le 1er arrondissement de Ho Chi Minh-Ville, à environ 2 km du Palais de la Reunification et 3,5 km du marché Ben Thanh. Elle est ouverte tous les jours de 7h à 18h, avec des horaires élargis de 5h à 19h les 1er et 15e jours du mois lunaire, période où l’affluence est la plus forte. L’entrée est gratuite. On peut s’y rendre en bus (lignes 18, 91, 93 et 150, avec des arrêts sur les rues Tran Hung Dao, Dinh Tien Hoang ou Nguyen Dinh Chieu), en moto, en taxi ou via une application comme Grab ou en voiture privée avec chauffeur – la rue Mai Thi Luu étant étroite, mieux vaut éviter les véhicules trop volumineux. Une coutume locale consiste à acheter de l’huile à l’entrée pour alimenter les lampes votives, un geste censé porter chance, hérité de la communauté chinoise.

L’entrée du temple, ouverte tous les jours et entièrement gratuite.
Histoire de la Pagode de l’Empereur de Jade
La pagode a été fondée au tout début du XXe siècle par Luu Minh (nom bouddhiste Luu Dao Nguyen), un immigre cantonais adepte de la secte Minh Su et végétarien de toute une vie, qui a financé lui-même sa construction. Selon le chercheur Vuong Hong Sen, le temple aurait servi une double fonction : lieu de culte dédié à l’Empereur de Jade, mais aussi lieu de réunion secret d’une société visant à renverser la dynastie mandchoue des Qing. La construction se serait étalée entre 1900 et 1906 selon les sources. Les céramiques décoratives qui ornent le toit, appelées gom cay mai, sont datées de 1901 par le chercheur Huynh Ngoc Tran.
Le temple a connu plusieurs restaurations au fil du temps (1943, 1958, puis 1985-1986) tout en conservant son caractère architectural chinois d’origine. En 1982, le vénérable Thich Vinh Khuong en a pris la gestion, le rattachant officiellement à l’Eglise bouddhique du Vietnam ; en 1984, il a été renommé Phuoc Hai Tu, même si les habitants continuent de l’appeler Chua Ngoc Hoang. En 1994, le site a été classé monument historique et artistique national. Sa notoriété a dépassé les frontières du Vietnam le 24 mai 2016, lorsque le president américain Barack Obama l’a visité lors de son voyage officiel au Vietnam.
Une architecture chinoise remarquable
Sur une superficie d’environ 2 300 m², la pagode deploie une architecture typiquement chinoise : murs et colonnes rouges, briques cuites, toitures en tuiles yin-yang et corniches decorees de statuettes en céramique colorées. Des l’entrée, une statue du gardien Ho Phap accueille les visiteurs, avant un imposant portail à trois entrées (tam quan) surmonté de deux dragons se disputant une perle. La cour interieure abrite un bassin à poissons et, sur le cote, un bassin à tortues, tous deux peuplés de spécimens impressionnants relaches au fil des années par des fidèles en quete de bonnes actions.

Les corniches sont décorées de statuettes en céramique colorées, appelées gom cay mai, datées de 1901.
Le temple est organisé en trois sections : au centre, le corps principal avec le hall d’entrée, le hall intermediaire et le sanctuaire principal ; à droite, la salle dediee à Quan The Am (Guanyin) ainsi qu’une maison de repos ; à gauche, trois petites salles de culte. La pagode est réputée être la seule au Vietnam à conserver d’antiques statues en papier mâché representant les divinités venues rendre hommage à l’Empereur de Jade, un ensemble rare qui fait sa singularité architecturale et artistique.
💡 Le saviez-vous ? Les statuettes en céramique gom cay mai qui ornent le toit et certaines salles sont si anciennes et rares qu’elles font l’objet d’etudes patrimoniales. Le passage de Barack Obama en 2016 a fortement contribué à faire connaitre ce temple discret au-dela de la communauté chinoise et vietnamienne de Saigon.

Le temple, fondé au tout début du XXe siècle, conserve son caractère architectural chinois d’origine.
Qui prie-t-on à Chua Ngoc Hoang ? Les divinités du temple
Chua Ngoc Hoang rassemble un panthéon impressionnant de divinités taoïstes, bouddhistes et de croyances populaires chinoises, reparties dans une dizaine de salles et autels.
Le sanctuaire principal : l’Empereur de Jade
Le hall principal (Dien Ngoc Hoang) abrite la statue de l’Empereur de Jade (Ngoc Hoang Thuong De), divinité suprême du pouvoir et de la sagesse dans la mythologie taoïste, encadrée par Huyen Thien Bac De et Phat Chuan De (ou Dai The Chi Bo Tat selon les sources), ainsi que par des généraux et soldats célestes. C’est l’autel le plus visite par les fidèles venus prier pour la paix et la protection de leur foyer.

Le hall principal abrite la statue de l’Empereur de Jade, divinité suprême de la mythologie taoïste.
Kim Hoa Thanh Mau et les 12 Ba Mu
Une petite salle abrite Kim Hoa Thanh Mau, deesse présidant à la naissance, entourée des 12 Ba Mu, douze sages-femmes divines dont les statues en céramique gom cay mai sont chacune assise dans une posture différente. Chacune serait responsable d’une tâche précise dans le développement de l’enfant (former les membres et la tête, apprendre à marcher ou à parler). C’est l’autel le plus fréquenté par les couples en quete d’un enfant.
Than Tai et Tho Dia, les divinités de la richesse
Than Tai (dieu de la richesse) et Tho Dia (dieu du sol) partagent un autel très fréquenté, notamment les 1er et 15e jours du mois lunaire ainsi que le jour de Than Tai (10e jour du premier mois lunaire), par des commerçants et professionnels venus prier pour la réussite financière et la prosperite des affaires.
Ong To, Ba Nguyet et les autres divinités
Le temple abrite également Ong To et Ba Nguyet, les divinités vietnamiennes du mariage équivalentes au Vieil Homme de la Lune, sollicitées pour l’amour et les unions heureuses ; Phat Duoc Su (le Bouddha de médecine), invoque pour la guérison ; Quan The Am Bo Tat (Guanyin), symbole de compassion ; Hoa Da tien su, du nom du légendaire médecin chinois Hua Tuo, pour la santé et la paix interieure ; ainsi que Thap Dien Diem Vuong, les Dix Rois des Enfers, representes par dix statues en bois rappelant les punitions karmiques — Chua Ngoc Hoang étant l’un des rares temples à maintenir activement ce culte. S’y ajoutent Than Thanh Hoang (dieu tutelaire de la ville), Lo Ban (patron des artisans et charpentiers), Thai Tue (divinité du destin annuel), Ma Tuong Quan (général protecteur au visage noir) et les Muoi Ba Duc Thay, treize maîtres spirituels vénérés dans une salle latérale.

Le panthéon impressionnant de divinités taoïstes, bouddhistes et populaires chinoises réparties dans le temple.
Les rituels emblématiques : prier pour un enfant, l’amour ou la réussite
Ce qui distingue Chua Ngoc Hoang des autres pagodes de Saigon, ce sont les rituels très précis que les fidèles viennent y accomplir, transmis de génération en génération.

La fête de Via Ngoc Hoang, le 9e jour du premier mois lunaire, est l’évènement le plus important de l’année.
Prier pour avoir un enfant
Les couples, notamment ceux qui rencontrent des difficultés à concevoir, se rendent à l’autel de Kim Hoa Thanh Mau et des 12 Ba Mu avec des offrandes de fleurs fraîches, de fruits, de sucreries, de lait et d’encens, idealement les 1er ou 15e jours du mois lunaire ou lors des grandes fêtes. Le rituel consiste à énoncer son nom, sa date de naissance et son voeu, puis à accrocher un anneau de fil sur la statue de droite pour souhaiter un garçon, ou sur celle de gauche pour une fille. Le fidèle se frotte ensuite le ventre trois fois, frotte le ventre de la statue d’un enfant trois fois, puis se frotte à nouveau le ventre trois fois. De nombreux couples reviennent ensuite remercier le temple lorsque leur voeu se realise.

Les fidèles viennent y accomplir des rituels précis, transmis de génération en génération.
Prier pour l’amour
Pour l’amour et le mariage, les visiteurs se dirigent vers l’autel d’Ong To et Ba Nguyet. Le rituel se déroule en trois etapes : allumer de l’encens, prier sincèrement en énonçant son propre nom et celui de la personne aimée, puis toucher les statues d’Ong To et Ba Nguyet en demandant une union harmonieuse. Croyance populaire : Kim Hoa Thanh Mau exaucerait le voeu en laissant Ong To et Ba Nguyet nouer le fil rouge du destin entre les deux amoureux. Les offrandes courantes sont des roses, des fruits, des oeufs et du riz gluant.

Pour l’amour et le mariage, les visiteurs se dirigent vers l’autel d’Ong To et Ba Nguyet.
Prier pour la réussite professionnelle
Les prieres pour la carrière et l’argent se font à l’autel de Than Tai et Tho Dia, de preference les 1er et 15e jours du mois lunaire ou lors du jour de Than Tai.

Les prières pour la carrière et l’argent se font à l’autel de Than Tai et Tho Dia, le dieu de la terre.
Cau binh an : prier pour la paix et la santé
Pour la santé et la tranquillité d’esprit, les fidèles prient aux autels de l’Empereur de Jade, du Bouddha de médecine et de Quan The Am, en énonçant leur nom complet, leur date de naissance et leurs voeux précis. Ce type de priere est particulièrement pratique lors de la fête de Via Ngoc Hoang, le 9e jour du premier mois lunaire, qui célèbre l’anniversaire légendaire de l’Empereur de Jade et constitue l’evenement le plus important et le plus fréquenté de l’annee au temple.

Les murs enfumés par des décennies d’encens témoignent de la ferveur des visiteurs quotidiens.
🙏 Étiquette à respecter lors de la visite
- Tenue correcte exigée : pas de short, de jupe courte ni de haut sans manches.
- Offrandes végétariennes uniquement (fruits, fleurs, sucreries), jamais de viande.
- Entrer par la porte de droite (Gia Quan) et sortir par la porte de gauche (Khong Qua) ; la porte centrale (Trung Quan) est réservée aux moines supérieurs, lettres et dignitaires.
- Rester silencieux : pas de course, de commentaires bruyants, ni de position assise ou allongée dans les salles de priere.
- Ne pas toucher ni deplacer les objets de culte, couper la sonnerie du téléphone, éviter les photos non autorisées.
- Lors des prieres, se tenir légèrement sur le cote de l’autel plutôt que directement face à lui.
Questions fréquentes sur Chua Ngoc Hoang
Pourquoi Chua Ngoc Hoang est-elle si populaire ?
Le temple doit sa renommee à la fois à son architecture chinoise ancienne, à la richesse de son panthéon de divinités et surtout à sa reputation de lieu efficace pour prier pour un enfant ou pour l’amour. Sa notoriété a encore grandi après la visite du president américain Barack Obama en 2016.

Le président américain Barack Obama lors de sa visite du temple le 24 mai 2016, un évènement qui a fait connaître ce lieu discret au-delà de Saigon.
Faut-il payer un droit d’entrée ?
Non, l’acces à la pagode est entièrement gratuit, comme c’est généralement le cas pour les lieux de culte au Vietnam.
Quel est le meilleur moment pour visiter le temple ?
Les 1er et 15e jours du mois lunaire offrent une ambiance particulière avec des horaires élargis, mais aussi davantage d’affluence. Pour une visite plus calme et contemplative, mieux vaut privilegier un jour ordinaire en début de matinée.
Comment se déroule le rituel pour prier un enfant ?
Les couples deposent des offrandes végétariennes à l’autel de Kim Hoa Thanh Mau et des 12 Ba Mu, énoncent leur voeu, accrochent un anneau de fil sur la statue correspondant au sexe souhaité de l’enfant, puis effectuent un geste rituel en se frottant le ventre, avant de frotter celui d’une statue d’enfant.
Español
Italiano
Português
Deutsch