Musée de l’Ao Dai à Ho Chi Minh-Ville : Histoire, collections et guide de visite
Résumé du contenu
A une quarantaine de minutes du centre de Ho Chi Minh-Ville, le musée de l’Ao Dai (Bao tang Ao Dai) est le seul musée du Vietnam entièrement consacré à la tenue traditionnelle féminine du pays. Nichée dans un parc de près de 20 000 mètres carrés au bord de la rivière, entre bassins, vergers et maisons en bois centenaires, il abrite une collection de plus de 300 modèles d’ao dai retraçant plus d’un siècle d’histoire vestimentaire vietnamienne.

Informations pratiques sur le musée de l’Ao Dai
206/19/30 rue Long Thuan, quartier Long Phuoc, ville de Thu Duc, Ho Chi Minh-Ville
Tous les jours, de 8h30 à 17h30
50 000 VND (adultes, commentaire guide inclus) ; 30 000 VND (étudiants et enfants) ; gratuit pour les moins de 2 ans et les personnes en situation de handicap
2 à 3 heures
Lignes 76 et 88 (arrêt Trai Nhim, à environ 600 m du musée)
091 472 69 48
Présentation générale du musée de l’Ao Dai

La grande galerie du musée de l’Ao Dai, où les costumes sont exposés le long d’un couloir en bois sculpté.
Né d’une idée mûrie pendant plus de dix ans par le peintre et couturier Sy Hoang, le musée de l’Ao Dai ouvre officiellement ses portes le 22 janvier 2014. C’est l’un des deux seuls musées privés rattachés au réseau des musées thématiques du département de la Culture et des Sports de Ho Chi Minh-Ville. Depuis 2015, sa gestion est assurée par la société Dau An Vietnam, dont les investissements ont permis de développer considérablement le site.

L’enseigne emblématique du musée de l’Ao Dai, entourée de mannequins vêtus de costumes traditionnels.
Le musée occupe un domaine de près de 20 000 mètres carrés, pensé comme un véritable village traditionnel vietnamien miniature : étangs, vergers, un embarcadère et des ruelles évoquant la vieille ville de Hoi An se succèdent autour des bâtiments d’exposition. La quasi-totalité des structures est en bois, restaurées ou reconstruites à l’identique par les artisans du village charpentier de Kim Bong, dans la province de Quang Nam.
Une architecture entre Quang Nam et delta du Mekong
L’ensemble architectural marie le style des maisons rurales traditionnelles (nha ruong) de la région de Quang Nam à l’identité des paysages fluviaux du Sud Vietnam. Trois bâtiments principaux structurent la visite :

Le cadre paysager du musée, inspiré de l’architecture des maisons rurales du Sud du Vietnam.
- La maison d’exposition principale, construite en longueur avec une charpente en bois et une toiture en tuiles yin-yang, qui abrite plus de 300 modèles d’ao dai.
- La maison des ancêtres (nha tu duong), dédiée au culte des fondateurs du métier de couturier, dans une architecture influencée par le style de Hue.
- Le quartier des souvenirs et des logements d’hôtes, dont l’architecture rappelle les maisons anciennes de Hoi An.
Point d’orgue du parc, une scène flottante aménagée sur le lac Chan Lac accueille des spectacles d’arts traditionnels, recréant l’atmosphère des cours de maisons communales villageoises (dinh lang) du Vietnam d’autrefois.

Vue aérienne du musée de l’Ao Dai, un vaste ensemble architectural mêlant maisons anciennes et espaces verts.
Histoire de l’ao dai vietnamien à travers les époques
Bien avant de devenir l’emblème vestimentaire du Vietnam, l’ao dai a connu plusieurs siècles de transformations, reflet des bouleversements sociaux, esthétiques et politiques du pays. Les salles d’exposition permanente du musée retracent précisément cette évolution ; en voici les grandes étapes.

Le couloir d’exposition consacré à l’histoire de l’ao dai, de l’enfance à la cour impériale.
Du ao giao lanh à l’ao tu than (XVIIe – XVIIIe siècle)
Les premières formes ancêtres de l’ao dai remontent au XVIIe siècle, sous l’appellation ao giao lanh : une tunique large à col croisé, portée par-dessus un jupon, encore proche des habits de cour chinois. Confectionnée à partir de bandes de tissu étroites, faute de métiers à tisser assez larges, elle évolue en ao tu than (« quatre pans ») : les deux pans avant sont noués à la taille pour faciliter le travail des champs, tandis que les deux pans arrière restent cousus. Portée par les paysannes du delta du fleuve Rouge, cette robe reste aujourd’hui associée aux fêtes villageoises et aux chants Quan Ho.

L’ao dai tu than à quatre pans, l’un des tout premiers ancêtres de l’ao dai moderne, remontant au XVIIe siècle.
L’ao ngu than, ou les cinq pans de la vertu confucéenne (XIXe siècle)
Vers 1884, sous la dynastie Nguyen, l’ao tu than se transforme en ao ngu than (« cinq pans ») : un cinquième pan, plus étroit, est glissé sous le pan avant droit pour symboliser le porteur lui-même, tandis que les quatre autres pans représentent ses parents et grands-parents. Cinq petits boutons ferment le col, rappelant les cinq vertus confucéennes, dans l’ordre : humanité (nhan), courtoisie (le), droiture (nghia), sagesse (tri) et fidélité (tin). Coupée plus près du corps, cette version marque la première étape vers la silhouette ajustée que l’on connaît aujourd’hui.

L’ao dai nam than à cinq pans, symbole des cinq vertus confucéennes, ici daté d’environ 1884.
L’ao dai de la cour Nguyen, soie et broderies impériales (XIXe siècle)
Toujours au XIXe siècle, sous la même dynastie Nguyen, une version distincte est réservée à la cour impériale : confectionnée dans des étoffes précieuses, brodée ou tissée de motifs symboliques – phénix, chauves-souris, soleil, fruits et les huit trésors (bat buu) – et doublée de soie, elle affiche le raffinement et le rang de ceux qui la portent.

Un costume de cour en soie dorée, brodé de motifs impériaux, illustrant le raffinement de la dynastie Nguyen au XIXe siècle.
La révolution Le Mur, ou l’entrée dans la modernité (années 1930)
En 1934, le peintre et couturier Nguyen Cat Tuong, plus connu sous son nom francisé « Le Mur », bouleverse les codes en dessinant un ao dai ajusté à la taille, aux manches bouffantes et au col montant, sous l’influence de la mode occidentale alors en vogue à Hanoï. Très critiquée à ses débuts pour son audace, cette version pose les bases esthétiques de l’ao dai contemporain et inspire toute une génération de couturiers de l’époque coloniale.

Une photographie d’époque montrant trois femmes vietnamiennes vêtues de l’ao dai traditionnel, vers 1930.
L’ao dai au col haut, la silhouette affirmée (années 1950)
Dans les années 1950, l’ao dai se fait plus près du corps : la taille est cintrée, la coupe ajustée, et le col se redresse pour devenir particulièrement haut, soulignant la posture et la silhouette élancée de celle qui le porte.

Portrait d’époque d’une Vietnamienne en ao dai, témoin de l’élégance intemporelle de ce costume.
L’ao dai raglan et l’âge d’or des années 1960
À la fin des années 1950, le tailleur saïgonnais Do Thanh popularise la coupe raglan, empruntée aux vêtements occidentaux : les manches sont désormais taillées en biais depuis l’encolure, ce qui supprime les plis disgracieux sous l’aisselle et permet un ajustement parfait du buste. C’est aussi l’époque du col dégagé rendu célèbre par Madame Tran Le Xuan (Madame Nhu), une variante plus audacieuse adoptée par la jeunesse citadine du Sud Vietnam. Ces innovations façonnent l’ao dai « moderne » que l’on porte encore aujourd’hui.

L’ao dai raglan, mis au point à la fin des années 1950, comparé ici entre une photo d’époque et l’exemplaire exposé.
L’ao dai à col bateau, une audace adaptée au climat du Sud (fin des années 1950)
À la même période apparaît l’ao dai à col bateau, échancré en travers de la gorge : une coupe qui fait sensation dans la haute société de l’époque, mieux adaptée à la chaleur du Sud Vietnam, et qui reste appréciée aujourd’hui encore.

Une scène emblématique du vieux Saigon : une jeune femme en ao dai blanc filant à vélo dans les rues de la ville.
L’ao dai Hippy, un vent de liberté (fin des années 1960)
Sous l’influence du mouvement hippie international, l’ao dai adopte à la fin des années 1960 des pans plus étroits et raccourcis jusqu’au genou, une coupe ample non cintrée à la taille et un col bas ; il se porte alors avec un pantalon très évasé, aux jambes pouvant atteindre 60 cm de large. Cette tendance reste populaire jusqu’au milieu des années 1990.
L’ao dai peint, quand la peinture rencontre le vêtement (fin des années 1980)

À la fin des années 1980, le peintre et couturier Si Hoang – futur fondateur du musée – introduit la peinture directement sur le tissu de l’ao dai : fleurs, motifs cubistes, ornements anciens ou paysages peints à la main lancent la mode de l’« ao dai peint », qui popularise le vêtement auprès du grand public.
L’ao dai en brocart tho cam, un hommage aux minorités ethniques (années 1990)
Dans les années 1990, la styliste Dang Thi Minh Hanh crée des ao dai en thổ cẩm, un tissu tissé à la main par les minorités ethniques du Vietnam et reconnaissable à ses motifs en relief sur la trame – une manière de mettre à l’honneur la diversité culturelle du pays.
L’ao dai aujourd’hui : entre patrimoine et création
Porté aujourd’hui aussi bien lors du Tet, des mariages, à l’école ou au bureau, l’ao dai continue d’inspirer les créateurs contemporains, qui explorent de nouvelles matières – jusqu’à la céramique de Bau Truc – sans jamais rompre le fil qui relie le vêtement à son histoire. C’est précisément ce récit, des origines à nos jours, que le musée de l’Ao Dai s’attache à raconter à travers sa collection permanente.
Que faire au musée de l’Ao Dai
Découvrir les ao dai de personnalités vietnamiennes
Le musée conserve également des tenues ayant appartenu à des personnalités historiques et artistiques du Vietnam : la générale Nguyen Thi Dinh, héroïne des forces armées populaires ; l’ancienne vice-présidente Nguyen Thi Binh ; l’ancienne ambassadrice Nguyen Thi Hoi ; l’ancienne vice-présidente Truong My Hoa ; la diplomate Ton Nu Thi Ninh ; ainsi que des ao dai offerts par des artistes reconnus comme Thanh Loc, Hong Van, Kim Xuan, Anh Tuyet, Thanh Thuy ou Khanh Ly, et par l’universitaire japonaise Michiko Yoshi.

L’une des expositions thématiques temporaires du musée, ici consacrée à la couleur violette et au thème de la fidélité
Dans le quartier inspiré de Hoi An, une exposition présente des ao dai liés à quatre formes d’art traditionnel reconnues par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité : le chant Xoan, le don ca tai tu (musique du Sud), les chants populaires Quan Ho et les chants Vi – Giam.
Le musée organise régulièrement des expositions temporaires, parmi lesquelles « Ao dai, patrimoine culturel », « Céramique de Bau Truc », « Ao dai et racines » (motifs traditionnels vietnamiens : tambour de bronze, lotus, phénix, prunier et grue), ou encore « Ao dai aux couleurs des drapeaux de l’ASEAN », inspirée des dix pays membres de l’association.
Louer un ao dai et faire une séance photo

C’est l’activité la plus prisée des visiteurs : louer un ao dai ou une tenue d’époque (co phuc) et partir photographier le domaine sous toutes ses coutures. Le musée a été spécialement pensé pour la photographie, avec de nombreux décors recréés : un pont de bois traditionnel, les maisons anciennes évoquant Hoi An, l’embarcadère au bord de l’eau, ainsi que des reconstitutions comme le pavillon de thé « Vong Nguyet Tra » (contemplation de la lune) ou le temple des cinq éléments « Ngu Hanh Mieu ».

Les jeunes visiteurs vietnamiens viennent nombreux s’y prendre en photo, en particulier autour du Nouvel An lunaire (Tet), mais le site accueille aussi de plus en plus de groupes de touristes étrangers curieux de découvrir la culture vietnamienne autrement.
S’initier à la couture traditionnelle
Dans l’atelier de couture du musée, un artisan guide les visiteurs pas à pas à travers les grandes étapes de la confection d’un ao dai : la prise de mesure, le tracé du patron, la coupe du tissu, puis la broderie des motifs sur le pan avant. Cette activité, courte mais concrète, permet de mesurer le savoir-faire nécessaire à la réalisation d’un vêtement en apparence simple mais en réalité très technique.

Dans l’atelier du musée, des artisanes confectionnent des ao dai sous les yeux des visiteurs.
Flâner au marché champêtre du week-end

Le samedi et le dimanche, un marché rural (cho que) prend place dans le domaine, avec de nombreux étals de street food vietnamienne : goi cuon (rouleaux de printemps frais), banh xeo aux coques, tofu grillé, noix de coco fraîche… Un déjeuner peut également être servi dans la maison ancienne de Kim Bong, dans un cadre particulièrement photogénique.

Ateliers pour les familles et les enfants
Le musée propose plusieurs activités manuelles pensées pour les familles : la confection d’un mini ao dai en papier, le pliage de feuilles de cocotier en forme d’animaux ou de fleurs (un savoir-faire traditionnel de la campagne vietnamienne), ou encore l’apprentissage de la confection du banh it, une petite pâtisserie de riz gluant cuite à la vapeur. Ces ateliers, généralement proposés à la demande, sont une bonne façon d’occuper des enfants pendant que les parents visitent les salles d’exposition.
Louer un espace ou organiser un événement

Grâce à son cadre verdoyant et à ses multiples décors, le domaine est également loué pour des événements privés (mariages, séances photo professionnelles) ou d’entreprise (séminaires, fêtes de fin d’année), généralement sur réservation préalable auprès de l’équipe du musée.
Faire une pause boutique
Avant de repartir, la boutique de souvenirs propose sacs, éventails et chapeaux coniques (non la), ainsi que quelques pièces textiles inspirées des collections du musée.
Conseils pratiques pour la visite
- Vérifiez les horaires avant de partir : le trajet depuis le centre-ville prend près d’une heure.
- Portez une tenue correcte et confortable, adaptée à la marche en extérieur.
- Les photos et vidéos sont autorisées avec l’accord du musée ; pensez à demander sur place pour les prises de vue professionnelles.
- Baignade et jeux près des étangs et bassins sont interdits sans l’autorisation du personnel.
- Nourriture extérieure, animaux de compagnie et objets dangereux ne sont pas admis dans l’enceinte du musée.
- Des remises de groupe existent : 5 % pour 10 à 49 visiteurs, 10 % pour 50 à 99 visiteurs, 15 % au-delà de 100 visiteurs.
Questions fréquentes sur le musée de l’Ao Dai
Combien coûte l’entrée au musée de l’Ao Dai ?
Le billet adulte coûte 50 000 VND (commentaire guide inclus), et 30 000 VND pour les étudiants et enfants. L’entrée est gratuite pour les enfants de moins de 2 ans et les personnes en situation de handicap.
Quels sont les horaires d’ouverture ?
Le musée est ouvert tous les jours, y compris le week-end, de 8h30 à 17h30.
Combien de temps faut-il prévoir pour la visite ?
Comptez environ 2 à 3 heures pour explorer les bâtiments d’exposition, les jardins et, éventuellement, participer à un atelier.
Le musée de l’Ao Dai est-il facile d’accès depuis le centre-ville ?
Il se trouve à environ 45 minutes en voiture ou en taxi du centre de Ho Chi Minh-Ville, ou accessible en bus via les lignes 76 et 88.
Peut-on louer un ao dai sur place ?
Oui, le musée propose un service de location d’ao dai et d’accessoires pour une séance photo dans ses jardins et devant ses maisons traditionnelles.
Vous planifiez un voyage à Ho Chi Minh-Ville et souhaitez intégrer cette visite à votre itinéraire ? Notre équipe locale peut vous préparer un programme sur mesure.
Español
Italiano
Português
Deutsch