Tenue traditionnelle vietnamienne “ao yem”
Résumé du contenu
Parmi les tenues traditionnelles vietnamiennes, l’ao yem occupe une place particulière dans le cœur du peuple. Simple en apparence mais riche de sens, il incarne la féminité, la douceur et la pudeur des femmes vietnamiennes d’autrefois. L’ao yem est une fine pièce de tissu triangulaire, souvent en soie ou en coton, qui couvre la poitrine et se noue derrière le cou et le dos. Léger et gracieux, il épousait naturellement les mouvements du corps, soulignant la silhouette avec délicatesse sans jamais tomber dans l’excès.
Autrefois porté sous la tunique ou lors des journées de chaleur, l’ao yem accompagnait la femme vietnamienne dans sa vie quotidienne : aux champs, au marché ou lors des fêtes du village. À la fois pudique et sensuel, il révèle une beauté discrète, profondément ancrée dans la culture et la grâce vietnamienne.

Source: Harper’s Bazaar
Qu’est-ce que l’ao yem ?
L’ao yem est l’un des vêtements traditionnels féminins les plus anciens du Vietnam. Aussi appelé simplement yem, il s’agit d’une pièce de tissu portée sur la poitrine par les femmes vietnamiennes depuis des siècles. À la fois simple, pratique et élégant, ce vêtement ancien occupe une place importante dans l’histoire de la mode traditionnelle vietnamienne et dans l’imaginaire culturel du pays.
Dans sa forme classique, l’ao yem se compose d’une pièce de tissu nouée derrière le cou et dans le dos. Il couvre la poitrine tout en laissant les épaules et une partie du dos dégagées. Cette coupe sobre, légère et fonctionnelle en faisait un vêtement particulièrement adapté au climat du Vietnam ainsi qu’à la vie quotidienne d’autrefois, notamment dans les campagnes du Nord.
L’ao yem vietnamien était autrefois porté par de nombreuses femmes, aussi bien dans les milieux populaires que dans des contextes plus raffinés. Il pouvait servir de sous-vêtement traditionnel, mais aussi de haut léger associé à d’autres pièces du costume féminin vietnamien. Avec le temps, il est devenu un symbole de féminité, de pudeur et d’élégance dans la culture vietnamienne.
Il existe également plusieurs variantes de forme et d’encolure. Certains modèles sont conçus à partir d’un tissu carré ou en losange, tandis que d’autres se distinguent par une encolure ronde, une encolure en V ou une coupe plus ouverte selon l’usage et l’époque. Ces différences donnaient à l’ao yem une certaine diversité tout en conservant son identité de tenue traditionnelle vietnamienne reconnaissable entre toutes.
Bien plus qu’un ancien vêtement, l’ao yem représente aussi une part précieuse du patrimoine vestimentaire du Vietnam. Aujourd’hui encore, il continue d’évoquer la grâce des costumes d’autrefois et l’élégance discrète des traditions vietnamiennes.
Origines et histoire de l’ao yem
Aux origines de l’ao yem

Deux modèles anciens de sous-vêtements féminins d’Asie de l’Est, reconnaissables à leur dos dégagé et à leurs liens noués à l’arrière
Pour comprendre les origines de l’ao yem, il faut le replacer dans une histoire plus large des vêtements féminins de l’Asie de l’Est. En Chine impériale, des formes anciennes de sous-vêtements destinés à couvrir la poitrine et parfois le ventre existaient déjà depuis l’Antiquité. Au fil des siècles, ces pièces ont évolué dans leur coupe, leurs usages et leur degré d’ornementation.

Sous la dynastie Tang, ce sous-vêtement féminin à la coupe structurée mettait en valeur la silhouette et pouvait rester visible sous la tenue
Sous la dynastie Tang, cette tradition vestimentaire est souvent associée au hezi, un corsage féminin ancien présenté dans plusieurs sources comme un vêtement plus structuré et plus décoratif. La tradition en attribue parfois la popularisation à Yang Guifei, célèbre figure de la cour Tang, même si ce point relève davantage du récit historique transmis que d’une certitude absolue.
Sous les dynasties Ming et surtout Qing, le dudou devient l’une des formes les plus connues de ce type de vêtement en Chine. Il couvre l’avant du torse, parfois jusqu’au ventre, et se fixe généralement à l’aide de liens. Selon les matières, les broderies et les finitions, il pouvait aussi refléter le statut social de celle qui le portait.
Dans ce contexte régional d’échanges culturels, le yem vietnamien est souvent rapproché du dudou chinois. Toutefois, les sources vietnamiennes soulignent aussi l’ancienneté propre de l’ao yem dans l’histoire du Vietnam. Au fil du temps, il s’y est affirmé comme un vêtement à part entière, avec une coupe plus légère, plus sobre et particulièrement adaptée au climat chaud et humide du pays.
L’ao yem dans la culture vietnamienne
Les premières mentions de l’ao yem dans l’histoire vestimentaire vietnamienne sont souvent rattachées à l’époque des Lý (1009 – 1225). À partir de cette période, il s’impose progressivement comme une pièce familière du vêtement féminin, avant de devenir l’un des éléments les plus reconnaissables du costume traditionnel vietnamien.
Au Vietnam, l’ao yem prend une forme particulièrement adaptée au climat chaud et humide. Il est généralement décrit comme une pièce de tissu simple, souvent carrée ou portée en biais sur la poitrine, maintenue par des liens noués derrière la nuque et dans le dos. Cette coupe légère permettait de couvrir le buste tout en restant confortable dans la vie quotidienne. Certaines descriptions traditionnelles évoquent un carré d’environ 40 cm, pensé pour être à la fois pratique, sobre et facile à porter.

Avec le temps, l’ao yem vietnamien développe aussi plusieurs variantes de coupe. Parmi les formes les plus connues, on retrouve le yếm cổ xây, à encolure arrondie et le yếm cổ xẻ, à ouverture en V. D’autres variantes comme le yếm cổ cánh nhạn apparaissent également dans certaines descriptions du costume traditionnel du Nord. Cette diversité montre que l’ao yem ne restait pas figé, mais évoluait selon les usages, les époques et les préférences esthétiques.
À l’époque de Đại Việt, l’ao yem prend une place encore plus visible dans la société. Il est porté par des femmes de différents milieux sociaux, mais les matières, les couleurs et les finitions varient davantage selon le rang et les occasions. Les modèles les plus simples, souvent en tissu grossier et dans des tons bruns ou foncés, sont associés à la vie quotidienne et au monde rural, tandis que des versions plus raffinées, dans des couleurs plus vives, apparaissent dans des contextes plus élégants ou festifs.

Au fil des siècles, l’ao yem s’intègre profondément à la culture vietnamienne et au patrimoine vestimentaire du pays. D’abord vêtement pratique du quotidien, puis symbole de féminité traditionnelle, il conserve aujourd’hui une forte valeur culturelle. Même s’il n’est plus porté comme autrefois, il reste associé à l’élégance discrète des costumes anciens et à l’image de la femme vietnamienne d’antan.
La modernisation de l’ao yem
Dans la tradition vietnamienne, l’ao yem était avant tout porté comme sous-vêtement ou comme vêtement d’intérieur. Lorsqu’elles sortaient, les femmes le couvraient généralement avec d’autres pièces plus enveloppantes, comme l’ao tu than ou des tenues traditionnelles superposées.

Avec le temps, et sous l’effet des échanges culturels ainsi que de l’évolution des modes de vie, l’ao yem a peu à peu dépassé sa fonction initiale. Sa coupe épurée, nouée derrière la nuque et laissant les épaules dégagées, évoque aujourd’hui la silhouette du halter top moderne, devenu populaire dans la mode occidentale à partir des années 1940.

Aujourd’hui, l’ao yem se réinvente à travers des styles variés, entre tradition et modernité
Au Vietnam comme dans d’autres pays d’Asie, cette évolution a donné naissance à des versions revisitées de l’ao yem. Désormais, il ne se limite plus à un vêtement traditionnel porté sous d’autres habits, mais inspire aussi des créations plus élaborées, conçues dans des matières variées et pensées comme de véritables pièces de mode.

Aujourd’hui, l’ao yem cách tân trouve sa place dans les shootings de mode, les collections inspirées du patrimoine vietnamien, les films historiques et certaines créations scéniques. À travers ces réinterprétations, ce vêtement ancien continue de vivre sous des formes nouvelles, tout en conservant son lien profond avec l’identité culturelle vietnamienne.

Ao yem et ao tu than: Quelles différences ?
L’ao yem et l’ao tu than font tous deux partie du costume traditionnel vietnamien, mais ils ne correspondent pas au même vêtement. L’ao yem est un ancien corsage féminin porté sur la poitrine, noué derrière la nuque et dans le dos. L’ao tu than, en revanche, est une tunique traditionnelle à quatre pans, surtout associée au Nord du Vietnam.

La différence principale tient à leur rôle. L’ao yem est une pièce simple, portée près du corps, souvent comme sous-vêtement ou comme élément discret de la tenue féminine. L’ao tu than, lui, constitue un ensemble plus visible et plus complet, généralement porté avec une jupe et d’autres accessoires traditionnels. Autrement dit, l’ao yem relève davantage du corsage, tandis que l’ao tu than correspond à la tenue extérieure.
Ces deux vêtements sont pourtant étroitement liés. Dans la tradition du Nord, l’ao yem accompagne souvent l’ao tu than et participe à l’élégance du costume féminin ancien. C’est d’ailleurs cette association qui explique pourquoi ils sont souvent évoqués ensemble lorsqu’on parle des vêtements traditionnels du Vietnam.
En conclusion
L’ao yem fait partie de l’histoire et de la culture vietnamienne. Derrière sa forme simple se dessinent des traditions, une certaine élégance et un héritage transmis au fil du temps. Même s’il n’est plus porté au quotidien, il conserve aujourd’hui une place importante dans le patrimoine vestimentaire du Vietnam. On le retrouve dans les musées, les fêtes traditionnelles, certaines créations contemporaines et dans de nombreuses images du Vietnam d’autrefois.
Pour un voyageur, découvrir l’ao yem au Vietnam, c’est aller au-delà d’un simple costume ancien. C’est aussi une façon plus intime d’approcher l’identité du pays, à travers sa mémoire, ses détails et son élégance discrète.
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