Guide complet du Musée des Vestiges de la Guerre à Saigon
Résumé du contenu
Une photographie en noir et blanc, un enfant nu qui court sur une route brûlante, la bouche ouverte sur un cri silencieux. Dans la salle du premier étage, un homme d’une soixantaine d’années, américain, qui ne peut plus avancer. Il reste là, immobile devant l’image, les yeux humides. Personne ne parle. C’est cela, le Musée des Vestiges de la Guerre : un lieu qui arrête le temps, confronte les consciences et ne laisse personne indifférent. Classé parmi les musées les plus visités du Vietnam avec plus de 15 millions de visiteurs depuis son ouverture, il attire chaque année quelque 500 000 à 1 million de touristes, dont les deux tiers sont étrangers: Américains, Français, Allemands, Japonais, venus faire face à une histoire qu’ils ont souvent apprise de loin.
Informations pratiques sur le Musée des Vestiges de la Guerre
Présentation du Musée des Vestiges de la Guerre
Un lieu de mémoire unique en son genre

Niché dans une rue tranquille de l’arrondissement 3, à quelques minutes à pied de la cathédrale Notre-Dame et de la Poste centrale, le Musée des Vestiges de la Guerre (Bao Tang Chung Tich Chien Tranh, ou War Remnants Museum en anglais) occupe depuis 1975 un bâtiment de trois étages entouré d’un vaste espace vert où sont exposés des engins de guerre à ciel ouvert. Son adresse exacte, au 28 Vo Van Tan, est l’une des plus connues des circuits touristiques de Hô Chi Minh-Ville, et pour cause : aucun autre site de la ville ne propose une immersion aussi directe, aussi crue et aussi pédagogique dans l’histoire de la guerre du Vietnam. Le musée est membre de l’Association internationale des musées pour la paix et du Conseil international des musées (ICOM). Sa mission officielle est de collecter, conserver et exposer des documents, photographies et objets témoignant des conséquences des guerres de résistance menées par le Vietnam, contre la France coloniale puis contre les États-Unis, tout en transmettant un message universel de paix et de solidarité entre les peuples.
📊 Le musée en chiffres
Histoire et fondation du musée
Avant le musée : une parcelle chargée d’histoire
L’emplacement du musée a lui-même traversé plusieurs époques. Sous la dynastie des Nguyen, une pagode bouddhiste nommée Khai Tuong s’y trouvait. Les Français, après la conquête de Saïgon, la firent raser pour ériger une villa coloniale à sa place. L’édifice servit ensuite successivement de maternité, de cabinet d’avocats, puis de logement administratif. Ce n’est qu’après la réunification du pays, en 1975, que le site fut affecté à la mémoire collective.
Chronologie de l’évolution du musée
4 septembre 1975 : Ouverture sous le nom de Nha Trung bay Toi ac My-Nguy (Maison d’exposition des crimes américano-fantoches), quelques mois après la réunification. Les premières pièces exposées sont majoritairement des saisies militaires.
10 novembre 1990 : Changement de nom en Nha Trung bay Toi ac Chien tranh xam luoc (Maison des crimes de guerre d’agression), dans un contexte d’ouverture internationale liée au Doi Moi.
4 juillet 1995 : Adoption du nom actuel (Bao Tang Chung Tich Chien Tranh) à l’occasion de la normalisation des relations diplomatiques américano-vietnamiennes. Médaille du Travail de 3e classe décernée par l’État vietnamien.
2001 : Médaille du Travail de 2e classe pour sa mission de préservation de la mémoire nationale.
2002–2010 : Grand chantier de modernisation : nouvelles salles, extension des collections aux périodes française et japonaise, mise aux normes muséographiques internationales. Réouverture officielle le 30 avril 2010.
Le guide des salles – L’exposition permanente
Le parcours de visite se déploie sur trois niveaux intérieurs et un vaste espace extérieur. Chaque étage aborde une ou plusieurs thématiques complémentaires, organisées en 8 expositions permanentes au total. L’ordre recommandé est de commencer par le rez-de-chaussée avant de monter progressivement, puis de terminer par la cour extérieure.
Rez-de-chaussée – Le monde aux côtés du Vietnam (1954–1975)
Le rez-de-chaussée est consacré à la solidarité internationale avec le Vietnam. L’exposition rassemble des images de rassemblements, manifestations, conférences et colloques organisés à travers le monde pour s’opposer à la guerre d’agression américaine. On y découvre des coupures de presse internationales, des affiches de protestation, des déclarations d’organisations pacifistes de dizaines de pays. Cette salle rappelle que la guerre du Vietnam fut aussi une guerre de l’opinion mondiale, et que le Vietnam n’a pas combattu seul sur le terrain symbolique.

Affiche internationale de solidarité avec le Vietnam durant la guerre

Espace extérieur – L’arsenal de la guerre

Avions militaires américains exposés dans la cour extérieure
La cour extérieure du musée (3 026 m²) est l’une des plus frappantes du pays. Elle abrite des engins militaires grandeur nature saisis ou récupérés sur le champ de bataille : avions de chasse F-5A et A-37, hélicoptères UH-1, chars M48, obusiers M114. Parmi les pièces les plus impressionnantes, le canon automoteur M107 de 175 mm, surnommé « roi du champ de bataille », dont l’obus pouvait percer à plus de 32 km de distance, creusant un cratère de 35 m de profondeur sur 95 m de large.

Chars et engins de guerre dans l’espace extérieur du musée

C’est également ici que se trouve la reconstitution du régime carcéral : la thématique « Le régime de détention dans la guerre d’agression » présente un modèle fidèle des structures de la prison de Con Dao, notamment les célèbres chuong cop, soit les « cages à tigres ».
📌 Les Cages à tigres (Chuong cop)
Construites en 1940 par les Français sur l’île de Con Dao, puis agrandies et systématisées par l’administration américaine, les cages à tigres pouvaient enfermer jusqu’à 5 personnes dans un espace de 2,7 × 1,5 m. Les détenus, combattants de la résistance ou simples civils soupçonnés de sympathies communistes, étaient astreints aux travaux forcés, privés de nourriture et torturés. Leur existence ne fut révélée au grand public américain qu’en 1970, provoquant un scandale national. Une guillotine reconstituée complète cette section.

Reconstitution d’une guillotine coloniale et des « cages à tigres » (chuong cop)
Premier étage – Crimes de guerre et agent orange
C’est l’étage qui marque le plus durablement les visiteurs. La section « Crimes de guerre d’agression » regroupe des photographies, témoignages et objets illustrant la brutalité du conflit : bombardements de villages civils, destructions d’infrastructures, sévices sur des prisonniers. L’une des sections les plus visitées est celle consacrée au massacre de My Lai (16 mars 1968), perpétré par des soldats de l’unité américaine Charlie dans le village de Son My, province de Quang Ngai : 504 civils, femmes, enfants et vieillards, furent tués en quelques heures.

L’une des salles d’exposition permanente, dédiée aux crimes de guerre

Une des images emblématiques de la section « Requiem »
La section « Conséquences de l’agent orange » expose la réalité transgénérationnelle de la contamination chimique. Entre 1961 et 1971, plus de 70 millions de litres de défoliants furent déversés sur les forêts et cultures vietnamiennes, dont environ 60 % d’agent orange contenant de la dioxine. Des études vietnamiennes estiment à plus de 3 millions le nombre de victimes, dont des enfants nés avec de sévères malformations plusieurs décennies après la fin de la guerre.
📷 « La fille au napalm » — Nick Ut, 8 juin 1972
Prise par le photojournaliste Huynh Cong Ut (dit Nick Ut) pour l’agence Associated Press, cette photographie d’une petite fille de neuf ans, Kim Phuc, fuyant une attaque au napalm sur la route 1 à Trang Bang, est l’une des images les plus reproduites du XXe siècle. Elle valut à Nick Ut le prix Pulitzer en 1973 et contribua à faire basculer l’opinion publique américaine contre la guerre. L’original est exposé ici, dans le contexte exact où il fut produit, sans filtre ni distance éditoriale.

La célèbre photographie « La fille au napalm » de Nick Ut (8 juin 1972)
Deuxième étage – Vérités historiques, Requiem et Regards croisés

Le deuxième étage offre une perspective plus analytique et internationale. La section « Vérités historiques » retrace les différentes phases de la colonisation, française d’abord, américaine ensuite, en les confrontant aux sources primaires : archives diplomatiques, télégrammes, rapports militaires déclassifiés. On y comprend comment les grandes puissances ont justifié leurs interventions et comment ces justifications ont été déconstruites par l’histoire. La section « Requiem » est peut-être la plus universelle de toutes. Elle rend hommage aux photographes de guerre de toutes nationalités morts en reportage en Indochine, dont leurs dernières œuvres sont exposées ici. C’est une salle de recueillement autant que d’exposition, en hommage à ceux qui ont choisi de témoigner au péril de leur vie.
Enfin, les sections « Vietnam – Guerre et Paix » et « L’agent orange dans la guerre du Vietnam » présentent les travaux des photographes japonais Ishikawa Bunyo et Goro Nakamura, qui ont documenté les conditions de vie des civils vietnamiens pendant et après la guerre avec une sensibilité particulière.


Expositions temporaires et activités culturelles
Le musée ne se limite pas à ses collections permanentes. Il organise régulièrement des expositions temporaires, des conférences et des tables rondes à vocation éducative. Parmi les plus notables de ces dernières années :
- « Dien Bien Phu depuis les airs – 50 ans après » : retour sur la bataille aérienne décisive
- « Retrouver les souvenirs » : témoignages de rescapés et de leurs descendants
- « Faire renaître les terres mortes » : sur la décontamination des zones exposées à l’agent orange
- « Les Accords de Paris sur le Vietnam — La porte vers la paix » : archives diplomatiques inédites
- Expositions itinérantes : « Vietnam — Guerre et Paix », « L’Ao Dai féminin à travers la guerre », « Les îles et la mer du Vietnam »
>> Pour suivre le calendrier des expositions temporaires : baotangchungtichchientranh.vn
Conseils pour préparer votre visite du Musée des Vestiges de la Guerre
Moyens d’accès
Le musée est idéalement situé dans l’arrondissement 3, à quelques minutes à pied des principaux monuments coloniaux de Hô Chi Minh-Ville : la cathédrale Notre-Dame, la Poste centrale et le palais de la Réunification. Adresse complète : 28 Vo Van Tan, quartier Vo Thi Sau, arrondissement 3.
| Transport | Lignes / Application | Durée | Coût |
|---|---|---|---|
| 🚌 Bus public | Lignes 14, 6 ou 28 | 20–40 min | ~6 000 VND |
| 🛵 Moto-taxi | Grab, Be | 10–25 min | 30 000–80 000 VND |
| 🚕 Taxi / VTC | Grab, Be, Vinfast GSM | 10–20 min | 50 000–150 000 VND |
| 🚶 À pied | Depuis la Poste centrale ou le palais de la Réunification | 10–15 min | Gratuit |
Durée et ordre de visite recommandés
Prévoyez au minimum 2 heures pour une visite rapide des trois étages et de l’espace extérieur. Pour une visite complète et attentive, avec lecture des panneaux explicatifs, comptez 3 à 4 heures. La plupart des voyageurs recommandent de commencer par le rez-de-chaussée avant de monter progressivement, en terminant par la cour extérieure où l’air frais et la lumière du jour offrent un moment de respiration bienvenu après les salles intérieures particulièrement intenses.
Ce qu’il faut savoir avant de partir
- Habillement sobre : pas de code vestimentaire strict, mais tenue respectueuse de mise dans ce lieu de mémoire.
- Silence et recueillement : évitez les conversations bruyantes dans les salles d’exposition.
- Photographies : autorisées dans la quasi-totalité des espaces, mais sans flash pour préserver les documents et le respect des victimes représentées.
- Alimentation : pas de nourriture dans les salles intérieures. Des distributeurs se trouvent à l’entrée.
- Enfants : les collections sont adaptées à partir de 12 ans. Certaines images sont très crues : préparez les plus jeunes et accompagnez-les.
- Audioguide : disponible en vietnamien, anglais et français à l’accueil, fortement recommandé.
Meilleur moment pour visiter
Le musée est ouvert 7 jours sur 7, y compris les jours fériés et pendant le Têt (guichet à 17h00 pendant les fêtes). En semaine, les matinées (7h30–10h00) sont les moins fréquentées. Les week-ends et autour du 30 avril (anniversaire de la réunification) et du 2 septembre (fête nationale), le musée peut être très chargé, notamment en raison des groupes scolaires.
À visiter à proximité du Musée des Vestiges de la Guerre
Le musée se trouve dans le quartier historique le plus dense de Hô Chi Minh-Ville. En combinant votre visite avec les sites environnants, vous pouvez construire une journée complète de découverte du patrimoine colonial et historique:

Palais de la Réunification
- Palais de la Réunification : 5 min à pied (ancien palais présidentiel de la République du Sud-Vietnam, intact depuis le 30 avril 1975)
- Cathédrale Notre-Dame de Saïgon : 10 min à pied (chef-d’œuvre néo-roman construit en 1880, entièrement en briques importées de Marseille)
- Poste centrale de Saïgon : 10 min à pied (classée deuxième plus belle poste du monde par Architectural Digest)
- Rue Dong Khoi : 10 min à pied (artère commerçante et culturelle de l’ancien Saïgon colonial)
Questions fréquentes sur le Musée des Vestiges de la Guerre
Le musée ferme-t-il certains jours ?
Non. Le musée est ouvert 365 jours par an, de 7h30 à 17h30. Pendant le Têt, le guichet ferme à 17h00 mais l’accès reste possible pour les visiteurs déjà entrés.
Faut-il réserver à l’avance ?
La réservation n’est pas nécessaire pour les individuels. Les billets s’achètent directement au guichet à l’entrée. Pour les groupes, contactez le musée au 028 3930 5587 pour organiser une visite guidée.
Le musée est-il adapté aux familles avec enfants ?
Les enfants peuvent visiter le musée : la cour extérieure avec ses avions et chars est d’ailleurs très populaire auprès des plus jeunes. En revanche, les salles intérieures contiennent des photographies de victimes de guerre et des images de malformations liées à l’agent orange qui peuvent être perturbantes pour des enfants de moins de 12 ans. La présence d’un adulte pour guider et accompagner est indispensable.
Peut-on photographier dans le musée ?
Oui, la photographie est autorisée dans la quasi-totalité des espaces, sans flash. Certaines zones spécifiques sont signalées par pictogramme d’interdiction.
🌿 Horizon Vietnam Travel
Une visite qui marque. Un voyage qui vous ressemble.
Le Musée des Vestiges de la Guerre est une étape à part dans tout séjour à Hô Chi Minh-Ville. Nos équipes locales vous aident à composer un itinéraire sur mesure, entre histoire, culture et rencontres authentiques, au rythme qui vous convient.
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