Village de papier Dia Tren à Cao Bang : Un savoir-faire ancestral
Résumé du contenu
Niché dans les montagnes calcaires de Cao Bang, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de la ville et à peine plus d’une heure de la cascade de Ban Gioc, le village de papier Dia Tren semble vivre en marge du temps. Ce hameau de la commune de Phuc Sen, district de Quang Hoa, est habité par les Nung An, un sous-groupe de l’ethnie Nung qui peuple le nord-est du Vietnam. Une quarantaine de familles y fabriquent encore à la main du giay ban, un papier artisanal tiré de l’écorce d’un arbre sauvage local, selon une technique transmise depuis des générations. Pas d’atelier-vitrine, pas de démonstration mise en scène : les femmes battent la pâte devant leur maison, les hommes rapportent l’écorce de la forêt, et les feuilles fraîchement formées sèchent au soleil le long des murs en terre. Chez Horizon Vietnam Travel, nous incluons régulièrement cette étape dans nos circuits du Nord-Est. Les artisans accueillent les voyageurs avec simplicité et les invitent à s’essayer eux-mêmes à certaines étapes du processus, du battage des fibres à l’étalage des feuilles sur les cadres en bambou.

Comment visiter le village de Dia Tren?
Le village de papier Dia Tren se situe dans la commune de Phuc Sen, district de Quang Hoa, province de Cao Bang, à environ 350 km au nord-est de Hanoï. Le trajet en voiture depuis Hanoï prend entre sept et huit heures via la nationale 3, avec un arrêt possible au lac de Ba Bể en chemin pour couper la route.
La visite du village dure entre une heure et demie et deux heures, davantage si vous participez à la fabrication. Il n’y a ni guichet ni structure touristique formelle c’est un village habité, pas un musée. La meilleure période se situe entre septembre et mai, lorsque le temps sec facilite le séchage des feuilles et rend les chemins d’accès praticables. En été, la mousson n’empêche pas la visite mais ralentit le processus de fabrication.

Un guide francophone est fortement recommandé: les habitants parlent principalement le Nùng et le vietnamien, et un intermédiaire permet de comprendre les gestes techniques et d’échanger avec les artisans. Pour un panorama plus large de la province, consultez notre guide complet de Cao Bang.
Le papier ban, un héritage des Nung An
Dans le village de papier Dia Tren, fabriquer du papier ban n’a jamais été un simple geste artisanal. C’est une part de l’identité des Nung An de Phuc Sen, transmise au fil des générations comme on transmet une langue ou une recette de famille. Le hameau compte aujourd’hui 64 à 65 foyers et une quarantaine de familles continuent de produire ce papier à la main, à partir de l’écorce du May Sla récoltée dans les forêts environnantes. Personne ici n’a appris ce métier dans une école. On regarde sa mère ou sa grand-mère battre la pâte, on observe le bon angle pour étaler les fibres sur le cadre de bambou, et un jour, on essaie à son tour.

Le giay ban a longtemps accompagné les moments importants de la vie villageoise. On l’utilisait pour écrire, pour décorer l’intérieur des maisons, et surtout pour les rituels : offrandes aux ancêtres, papier votif, caractères sacrés tracés à l’encre noire. Cet usage spirituel n’a jamais vraiment disparu, et c’est en partie ce qui maintient la production aujourd’hui. Comme partout dans le Vietnam rural, le métier traverse pourtant des temps difficiles. Les jeunes quittent le village pour Hanoi ou Cao Bang, attirés par des emplois plus stables et mieux payés. Le papier industriel, moins cher et plus uniforme, gagne du terrain sur le marché local. L’arbre May Sla, même s’il pousse encore en abondance dans les forêts environnantes, subit une pression qui inquiète les anciens. Les quarante familles qui continuent de fabriquer le papier ban le font autant par fidélité à leurs parents que par attachement à un savoir-faire qu’elles ne veulent pas voir s’éteindre.
Depuis quelques années, deux choses redonnent toutefois de l’élan au village. L’inscription du village de papier Dia Tren dans la route orientale du Géoparc mondial UNESCO Non Nuoc Cao Bang a apporté une visibilité nouvelle et placé le hameau sur la carte du tourisme culturel du Nord-Est. La diversification des produits (éventails teints aux pigments naturels, carnets reliés à la main, papier d’art, fleurs décoratives) a ouvert des débouchés bien au-delà du seul marché rituel. Le passage des voyageurs joue ici un rôle concret. Acheter un éventail ou un carnet directement à l’atelier, prendre le temps d’observer une artisane pendant qu’elle travaille, poser quelques questions par l’intermédiaire d’un guide : ce sont autant de gestes qui contribuent aux revenus des familles et à leur fierté de transmettre. À Dia Tren, les habitants savent que ce qu’ils font a de la valeur. Ils le voient dans le regard des visiteurs qui découvrent leur métier pour la première fois.
Comment se fabrique le papier ban à Dia Tren?
Le processus complet, de la récolte de l’écorce à la feuille finie, s’étale sur environ deux semaines. Tout est fait à la main, sans machine et sans produit chimique de synthèse. Voici les cinq étapes telles qu’elles se pratiquent dans le village.
Étape 1 : La récolte de l’écorce de May Sla

Une étape essentielle : le séchage au soleil de l’écorce, qui garantit une production possible en toute saison
Tout commence dans la forêt. La matière première est l’écorce du cay May Sla, un arbre sauvage qui pousse sur les versants rocheux des montagnes calcaires de Cao Bang. Les villageois récoltent les branches, puis retirent l’écorce noire extérieure pour ne conserver que la couche interne blanche, riche en fibres de cellulose. Cette partie est ensuite séchée au soleil avant d’être stockée. Ce séchage permet de travailler le papier toute l’année, indépendamment de la saison de récolte.
Étape 2 : Le trempage et le traitement à la chaux

L’écorce séchée est d’abord trempée pendant une journée entière dans l’eau d’un ruisseau afin de la ramollir. Elle est ensuite mélangée à de la chaux vive dans un bac en pierre, puis roulée et cuite pendant deux à trois heures. La chaux joue un rôle essentiel: elle dissout la lignine et les impuretés, ne laissant que la cellulose pure, la matière qui donnera au papier sa tenue et sa souplesse.
Après la cuisson, la pâte obtenue est plongée dans le ruisseau pendant douze heures. L’eau courante emporte les résidus de chaux et rince les fibres en profondeur. C’est une étape que les artisans ne bâclent pas, car un rinçage insuffisant donnerait un papier cassant et jauni.
Étape 3 : Le battage des fibres

Les fibres rincées sont ensuite battues pendant environ une heure, soit au pilon à la main, soit à l’aide d’un système de martinet actionné par l’eau du ruisseau. Ce mécanisme en bois, que l’on retrouve dans plusieurs maisons du village, soulève un lourd pilon qui retombe régulièrement sur la pâte et la réduit en fibres fines et homogènes. Le battage détermine la qualité finale du papier: plus il est long et régulier, plus la feuille sera lisse et résistante.
Étape 4 : La mise en feuille

La pâte battue est diluée dans un grand bac d’eau et agitée pour obtenir une suspension uniforme. Les artisans y ajoutent un liant naturel d’origine végétale, une résine extraite d’une plante locale, qui assure la cohésion des fibres. La pâte est ensuite versée sur des cadres en bambou tendus d’un tissu fin.

Chaque feuille est étalée à la main, d’un mouvement régulier, pour obtenir une épaisseur constante. C’est sans doute le moment le plus délicat de toute la fabrication, celui où la main de l’artisan fait toute la différence.

Étape 5 : Le séchage au soleil

Les feuilles fraîchement formées sont pressées contre des murs en terre ou posées sur des palissades en bambou, puis séchées au soleil et au vent. Par beau temps, le spectacle vaut le détour: des dizaines de feuilles blanches ou légèrement dorées s’alignent le long des chemins du village, ondulant sous la brise. Le séchage prend une à deux journées selon la météo. Le résultat est un papier souple, résistant, au grain légèrement irrégulier qui trahit un travail entièrement manuel.
Que rapporter de Dia Tren? Les produits en papier ban
Au-delà de son usage rituel d’origine, le papier ban a peu à peu trouvé sa place dans des objets du quotidien et de décoration. Les familles du village ont diversifié leur production au fil des années, en partie pour répondre à l’intérêt croissant des voyageurs. Le résultat : une petite gamme d’objets entièrement faits main, qui font d’excellents souvenirs à rapporter du Nord-Est vietnamien.
Les éventails en papier ban, l’incontournable du village

Si vous ne deviez ramener qu’un seul objet de Dia Tren, ce serait probablement un éventail. Légers, fins et délicatement teintés à partir de pigments naturels: feuilles broyées, écorces, racines, les éventails en papier ban se déclinent en plusieurs tailles et motifs. Certains restent unis, d’autres sont peints à la main avec des paysages de rizières ou des fleurs. Faciles à glisser dans une valise et résistants au temps, ils figurent parmi les souvenirs les plus appréciés des voyageurs francophones de passage à Cao Bang.
Le papier d’art, prisé des peintres et des calligraphes

Un délicat dessin sur papier ban, réalisé au village de Dia Tren
La texture particulière du papier ban – souple, légèrement irrégulière, avec un grain qui retient l’encre – en fait un support de choix pour la calligraphie et la peinture traditionnelle. Les artistes vietnamiens et étrangers viennent s’approvisionner directement à Dia Tren pour cette qualité spécifique, que les papiers industriels n’arrivent pas à reproduire. Les feuilles sont vendues à l’unité ou en lot, dans plusieurs formats. Pour les voyageurs amateurs de dessin ou d’aquarelle, c’est une matière à découvrir.
Les carnets et cahiers reliés à la main

Reliés à la main par les artisans du village, les carnets en papier ban ont ce charme un peu brut qu’aucune fabrication industrielle ne parvient à imiter. La couverture est souvent en tissu local ou en papier ban épaissi, et chaque cahier porte de petites variations qui rappellent qu’il a été fabriqué pièce par pièce. Idéal pour un journal de voyage, un carnet de croquis ou tout simplement comme objet de décoration sur un bureau.
Les fleurs en papier teintées aux pigments naturels

Façonnées pétale par pétale, les fleurs en papier ban sont l’une des productions les plus délicates du village. Les teintures, toujours d’origine végétale, donnent des couleurs douces et nuancées loin de la brillance un peu artificielle des fleurs en papier industriel. Elles décorent traditionnellement les autels familiaux, mais font aussi de jolis cadeaux à rapporter de voyage.
Les sacs, cartes et petits objets décoratifs
Pour compléter la gamme, les artisans confectionnent également des sacs en papier ban renforcé, des enveloppes, des cartes de vœux peintes à la main et de petits objets décoratifs (boîtes, lampions, marque-pages). Tous ces produits ont en commun d’être entièrement biodégradables et fabriqués à partir de ressources locales – un détail qui compte pour les voyageurs sensibles à l’impact environnemental de leurs achats.
Tous ces objets sont en vente directement chez les artisans, à des prix très abordables (quelques dizaines de milliers de dongs) pour un éventail ou un carnet. Acheter sur place plutôt qu’à Hanoi ou dans une boutique de souvenirs présente un double avantage : la garantie d’une fabrication authentique, et un soutien direct aux quarante familles qui maintiennent encore ce savoir-faire vivant.
Que voir à proximité du village de Dìa Trên?
L’un des grands atouts de Dia Tren, c’est sa position au cœur d’une région riche en sites remarquables. La visite du village se combine naturellement avec plusieurs étapes incontournables du Nord-Est, à intégrer dans la même journée ou sur deux à trois jours selon votre rythme.
Les chutes de Ban Gioc

Les chutes de Ban Gioc, expression pure d’une beauté majestueuse
À environ 50 km du village de papier Dia Tren, les chutes de Ban Gioc est l’un des sites les plus photographiés du nord du Vietnam. Avec ses 30 mètres de haut et ses 300 mètres de large à la frontière sino-vietnamienne, elle est considérée comme la plus grande cascade naturelle d’Asie du Sud-Est. Les chutes se déploient en plusieurs niveaux dans un cadre de rizières et de pitons karstiques. Une promenade en radeau de bambou permet d’approcher au plus près des cascades – une expérience que les voyageurs francophones placent souvent parmi leurs plus beaux souvenirs du Nord.
Le village des forgerons de Phuc Sen

À quelques minutes seulement du village de papier Dia Tren, le village de Phuc Sen est célèbre pour son artisanat de la forge, lui aussi pratiqué par les Nùng An. Depuis plusieurs siècles, les forgerons y fabriquent à la main des couteaux, des houes et des outils agricoles réputés dans tout le Vietnam pour leur solidité. Le martèlement résonne dans le village dès le matin, et il est possible d’entrer dans les ateliers pour observer le travail des artisans. La proximité des deux villages – papier et forge – fait de Phúc Sen une étape doublement intéressante pour qui s’intéresse aux savoir-faire traditionnels.
La pagode de Truc Lam Ban Gioc

Pagode de Truc Lam Ban Gioc, sérénité entre ciel et montagnes
Perchée sur une colline face à la cascade de Bản Giốc, la pagode de Truc Lam offre l’un des plus beaux panoramas de la région. Construite récemment dans le style bouddhique zen vietnamien, elle s’intègre étonnamment bien au paysage. Une fois en haut, le regard embrasse la cascade, les rizières et les montagnes calcaires qui s’étendent jusqu’à la frontière chinoise. La montée se fait en une vingtaine de minutes par un escalier ombragé.
La grotte de Nguom Ngao

Grotte de Nguom Ngao : un chef-d’œuvre souterrain sculpté par la nature
À 4 km seulement de Bản Giốc, la grotte de Nguom Ngao est l’une des plus longues du Vietnam – plus de 2 km dont 1 km aménagé pour la visite. Découverte au début du XXe siècle, elle abrite des concrétions calcaires aux formes spectaculaires, mises en valeur par un éclairage discret. La visite dure environ une heure et offre un agréable moment de fraîcheur après la chaleur extérieure.
Le lac de Ba Be

Lac de Ba Be, havre paisible au cœur d’une nature préservée
Pour ceux qui disposent de plus de temps, le lac de Ba Be, à environ trois heures de route, mérite un détour. Le plus grand lac naturel d’eau douce du Vietnam, entouré de montagnes karstiques et de villages Tày sur pilotis, se visite en bateau et permet de découvrir une autre facette du Nord-Est. Notre guide des activités à Ba Bể détaille les meilleures expériences à y vivre.
Nos circuits qui passent par Dia Tren
Pour profiter pleinement de Dia Tren, le mieux est d’intégrer le village dans un circuit de plusieurs jours dans le Nord-Est, en combinant Cao Bang, la cascade de Ban Gioc, la grotte de Nguom Ngao et, si vous avez le temps, le lac de Ba Be ou la boucle de Ha Giang. Chez Horizon Vietnam Travel, nous proposons cette étape dans plusieurs itinéraires :
- Splendeur du Nord – 21 jours
- Terre Sauvage du Nord – 14 jours
- Vietnam autrement – 21 jours
- Exploration du Nord au Sud – 18 jours
Tous ces circuits sont accompagnés d’un guide francophone et d’un chauffeur privé, avec des nuits chez l’habitant dans la région. Si aucun itinéraire ne correspond exactement à ce que vous cherchez, notre équipe peut aussi construire un voyage sur mesure à partir de vos envies, de votre rythme et de la période à laquelle vous comptez partir.
FAQ – Village de papier de Dia Tren
Comment se rendre au village de papier Dia Tren depuis Hanoï ?
Le trajet en voiture depuis Hanoï dure entre sept et huit heures via la nationale 3 en direction de Cao Bang, puis la route vers Quang Hoa. La plupart des voyageurs s’arrêtent en chemin au lac de Ba Bể pour couper le trajet. Il n’existe pas de transport en commun direct vers le village : un véhicule privé avec chauffeur est la solution la plus pratique.
Quelle est la meilleure période pour visiter Dia Tren ?
La fabrication du papier a lieu toute l’année, mais les conditions de visite sont meilleures entre septembre et mai, lorsque le temps est sec et que les feuilles sèchent rapidement au soleil. En été (juin-août), les pluies peuvent rendre les chemins boueux et ralentir le séchage, mais la végétation luxuriante donne au paysage un caractère particulier.
Peut-on apprendre et pratiquer cet artisanat sur place ?
Oui. Les artisans de Dia Tren accueillent les visiteurs et les invitent à participer aux étapes simples de la fabrication : battage de la pâte au pilon, étalage sur les cadres de bambou et démoulage des feuilles. Chacun peut repartir avec sa propre feuille de papier fabriquée à la main. Un guide parlant la langue locale est recommandé pour profiter pleinement de l’échange et comprendre les gestes techniques.
Peut-on acheter du papier artisanal sur place ?
Oui. Les familles vendent leur production directement aux visiteurs : paquets de feuilles, éventails teints aux pigments naturels, carnets reliés à la main, fleurs en papier, cartes artisanales. Les prix sont modestes — quelques dizaines de milliers de dongs — et ces objets légers constituent des souvenirs authentiques, faciles à transporter et respectueux de l’environnement.
Faut-il un guide pour visiter le village ?
Un guide francophone ou anglophone est fortement recommandé. Les habitants de Dia Tren parlent principalement le Nùng et le vietnamien. Sans intermédiaire, la communication reste limitée et les explications sur le processus de fabrication sont difficiles à obtenir. Un guide permet aussi de s’assurer que la visite se déroule dans le respect des habitudes du village.
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